dimanche 31 mai 2020

Stockholm - Jour 3 - Partie 2 - Un fameux trois mats

Bon, quand est ce qu'on mange? Et surtout... où on mange? Mon guide conseille un restaurant de nouvelle cuisine suédoise, qui se trouve pas très loin.


Déjà le cadre est assez inhabituel: un petit port de pêche un peu tranquille, un hangar réhabilité façon designer. Oaxen ça s'appelle... wow 2 étoiles au Michelin!


On est dimanche et bien sûr le restaurant est bondé... mais il reste quand même une petite place pour moi au comptoir. C'est cher (plus de 300 couronnes pour 2 petits plats et une boisson)... mais bon sang ce que c'est bon! Voici un tartare de bœuf mayonnaise et une salade aux noix.


Pas de café, l'addition, et en route! Nous allons maintenant longer le bord de l'eau et son port... une très agréable balade.


Dans ce hangar il y a une exposition de vieux bateaux et barques anciennes, superbement entretenus. On peut même caresser le bois des coques...


Il y a aussi dans le port des bateaux plus imposants qui eux aussi se visitent. Un genre de musée maritime en quelque sorte... Et un peu plus loin on a aussi un petit musée viking, mais à vrai dire je n'ai pas vraiment le temps pour visiter tout ça: l'heure tourne.


Ce que l'on va visiter maintenant se trouve à l'intérieur de ce grand bâtiment noir qui dissimule difficilement ce qu'il contient: la grande épave du Vasa.


La file d'attente à l'entrée doit faire au moins 100 mètre! Mais pas question de reculer: c'est un "Must-see" de toute visite à Stockholm...


Une fois à l'intérieur, notre regard est tout de suite attiré par la silhouette sombre de l'immense navire de bois. Il est conservé dans une semi-pénombre pour ne pas altérer l'état du bois...


Le Vasa a une histoire peu commune. Mais avant de vous la raconter, faisons un peu le tour de la bête...


Des installations permettent d'en faire le tour, et même sur plusieurs niveaux.
Le Vasa fut - pour une courte période - l'un des plus imposants bateaux jamais construits à cette époque par l'armée suédoise.


La construction du bateau fut commandée par le roi Gustave II Adolphe, l'un des rois guerriers les plus célèbres de Suède. A cette époque la guerre faisait rage contre les polonais et, à la suite de plusieurs batailles, la marine avait perdu plusieurs de ses navires qu'il fallut alors remplacer au plus vite.
5 gros bateaux de guerre furent donc commandés, le Vasa étant le premier mis à flot.


Trois années furent alors nécessaires à la construction du navire. D'une longueur de 69 mètre, sa voilure faisait 1275 m² pour 10 voiles et des mats de 50 mètre de haut.


Le bateau possédait 60 canons qui sont encore en place. Chacun était fait dans un moule à usage unique, mais avec à chaque fois le même calibre d'une extrême précision. 890 kg de poudre avait été mis en cale pour pouvoir les utiliser...



Ce fut le plus puissant navire de guerre de son époque car dans sa conception il était capable de tirer jusqu'à 267kg de boulets sur chacun de ses flancs. Cette puissance de feu devait constituer alors un formidable avantage lors des batailles navales.


Revenons en donc en ce jour du 10 Août en 1628 où le Vasa, figure de proue de la marine suédoise, fut inauguré en grande pompe par le roi Gustave: c'est la grande fête, les familles des marins les ont rejoint à bord pour participer au premier voyage du navire.


Celui-ci s'élance vaillamment depuis son port d'attache. Il longe Gamla Stan et salue le palais royal, puis s'élance en direction de la mer.
Sauf que... pas moins d'un kilomètre plus loin il va aller tout droit... au fond de l'eau!


Trop lourd, rempli de canons et avec pas assez de ballaste, le Vasa n'aurait pas résisté à son propre poids: un premier coup de vent en sortie de la rade du port le fit un peu trop se pencher, l'eau pénétra par les écoutilles et vlan! Le voici coulé avec 50 personnes à son bord.


Voici justement une coupe qui détaille l'intérieur du bateau...
Mais alors me direz-vous: si le Vasa a coulé entièrement au fond de l'eau il y a plus de 300 ans, comment s'est il retrouvé ici, et pratiquement intact?


En effet, quand dans les années 60 les chercheurs ont recherché les traces du navire au fond de l'eau, ils ont eu la surprise de s'apercevoir que le bois n'avait pas été dégradé du tout par le temps. C'est une particularité de cette partie de la mer Baltique où les bactéries responsables de la dégradation du bois ne survivent pas.


Les scientifiques retrouvèrent donc presque intact le Vasa, envasé dans la baie de Stockholm. Pour le remonter à la surface, ce ne fut pas une mince affaire. Il fallut utiliser une embarcation spéciale et ramener lentement à la surface l'épave à l'aide de grues.


Mais une fois sorti de l'eau, il restait encore à résoudre le problème de sa conservation: le bois étant gorgé d'eau, si on le laissait sécher il risquait de pourrir et de se dégrader. Il fallut donc l'asperger en permanence pour maintenir son hygrométrie. Puis on eut l'idée de remplacer l'eau dans le bois par une solution chimique (c'est ce qui lui donne son aspect un peu brillant sur mes photos). Il fallut 17 ans pour l'imbiber totalement et 9 années encore pour le faire sécher...


La partie de plaisir n'était pas encore terminée. Car si le navire était complet à 98%, il restait quand même à en ré-assembler les pièces. C'est à cette époque que le Vasa gagna le titre de plus gros puzzle au monde.

On a donc construit le bâtiment tout autour du trois mats, avec plusieurs étages de balcons pour en admirer tous les détails. On va d'ailleurs monter maintenant en face de la poupe, admirablement sculptée.


Toute une iconographie glorieuse est représentée en sculpture, afin d'impressionner le spectateur. On reconnait les insignes du roi avec les lions, les chevaliers, les scènes bibliques... il y a même la silhouette d'Hercule.


Sur le côté, il y a un genre de couloir pour permettre aux tirailleurs de viser les bateaux ennemis tout en restant protégés.



Certaines des sculptures possédaient encore quelques races de peinture, ce qui a permis aux chercheurs d'imaginer une reconstitution de celles-ci comme elles étaient à l'époque.


En fait, c'était bien tout le bateau qui était entièrement peint, comme le montre cette maquette. Il avait fière allure!


Dans une partie du bâtiment sont exposés les squelettes de victimes retrouvées dans l'épave, avec une tentative pour représenter ces personnes en chair et en os, histoire de les voir les yeux dans les yeux... Ils ont même un prénom.
Déjà 17h30... le musée ferme dans une demi heure, mais je crois que j'ai mon compte. Je me dirige donc vers la sortie.


J'envisage d'aller prendre le vieux tram 7N mais le distributeur de tickets est en panne. Je pense que je vais donc rentrer à pieds... après tout, ce n'est pas si loin que ça!
Je prends donc le chemin qui mène vers Stureplan, une agréable balade le long du quai rempli de jolis bateaux...


A force de balade dans les rues de la ville, la nuit finit par tomber et je me mets à la recherche d'un restaurant. Et pour le coup je n'ai pas envie de payer cher, un truc tout simple me suffira. Mais bon c'est assez difficile à trouver d'autant plus qu'il est déjà 20 heure passé (ici on dîne plutôt vers 18-19h).


Je trouve finalement un restaurant chinois au nom évocateur de 'Pong'. Le serveur m'avertit:ils ferment boutique à 21h30, et d'ailleurs il ne reste pas grand chose dans le menu buffet, mis à part une très bonne soupe Tom Ka Gaï. Je suis le dernier client et le serveur me fait une ristourne de 10% pour compenser le fait que j'ai été stressé par le temps...


Me voilà dehors, prêt pour une petite balade digestive. Au bord du fleuve, et juste à côté du palais royal, des pêcheurs utilisent de drôles de filets pour attraper les poissons... on ne s'attendrait pas à voir ça en pleine ville, non?


C'était vraiment une chance d'avoir trouvé un logement en plein milieu de la vieille ville: ça rend mes soirées plus agréables, quand il faut prendre le chemin du retour...


Une petite pluie commence alors à tomber et à bien mouiller les pavés de la ville. Je m'abrite tant bien que mal, puis j'envisage enfin de rentrer, un peu fatigué de ma journée de marche...


J'ai de la chance, j'ai un parapluie... ce n'est pas le cas du soldat de garde au palais royal.


La ville est déjà endormie et les rues sont vides. On se croirait presque dans un film d'époque. Prêt à se faire détrousser par quelque brigand au détour d'une ruelle?


Je finis par trouver le chemin de mon lit. Demain nous avons plein de choses à voir, et nous allons faire notre excursion habituelle en dehors de la ville... pourvu qu'il fasse beau!

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