samedi 17 novembre 2018

Vilnius - Jour 3 - Partie 2 - La maison de l'enfer

Nous voilà donc revenus au musée du Génocide où nous avons plein de choses à découvrir. L'entrée coûte 4€... +1.5€ si on prend des photos... +2€ si on prend un audioguide.


Je commence par filer aux toilettes pour remplacer mon pantalon bien chaud par le bermuda que j'ai acheté ce matin sur l'avenue Gedymin.... Aaaah!


La visite commence par les sous-sol - peu ragoutants - où se trouvaient les cellules des prisonniers. Je crois que c'est la partie la plus impressionnante de l'édifice.


Le bâtiment était jadis une cour de justice, mais fut réquisitionné par les soviétiques quand il envahirent le pays en 1940 (officiellement pour le protéger d'une invasion nazie). Ainsi débuta sa longue carrière de prison et de lieu d'interrogatoire pour le KGB.
L'invasion nazie eut finalement lieu et les nouveaux occupants surent utiliser les lieux de la même façon. Et bien sûr sous l'ère soviétique...


Les lieux accueillirent au minimum 12 détenus et au maximum environ 400. Plus de 1000 d'entre eux furent même exécutés ici (on verra plus tard  la salle d'exécution en question).
L'audioguide me guide donc de cellule en cellule, en commençant par ces deux étroits cagibis qui servaient à isoler les prisonnier "punis". Ils sont si étroits qu'on ne peut même pas s'y asseoir...


Les cellules se visitent les unes après les autres. Voici celle où avaient lieu l'interrogatoire: tout était fait pour saper la volonté des prisonniers et les faire avouer n'importe quoi.



Voici le standard. On a vraiment l'impression que rien n'a changé en 40 ans...


Dans l'une des salles, des sacs remplis de cendre sont là pour évoquer les documents brûlés par le KGB au lendemain de l'indépendance, afin de ne pas laisser de traces...


Pour les prisonniers, la torture pouvait être autant physique que morale. Leur nourriture était pesée au gramme près pour qu'ils aient toujours faim sans tomber malade. Ils ne pouvaient aller aux toilettes qu'une fois par jour, et à la douche qu'une fois par mois.



Leurs habits et objets personnels? Confisqués. Plus aucune intimité, et presque pas de lumière du jour...


Dans cette cellule on regroupait les prisonniers "punis", sans lit pour dormir, et une lampe allumée 24h sur 24.


De plus, cette pièce était très humide. En témoignent les différentes couches de peinture reconstituées sur ce mur. Après quelques jours passés ici, les détenus étaient prêts pour l'interrogatoire...



Cette salle est dédiée à l'extermination des juifs de Lituanie. Il ne faut en effet pas oublier que les lieux ont aussi été utilisés par les nazis. Vilnius était surnommée "la petite Jérusalem du Nord" avant la guerre. Sous l'occupation nazi, les juifs furent d'abord regroupés dans deux ghettos dans la ville, qui furent vidés petit à petit à mesure qu'on exterminait ses occupants (à Paneriai notamment).


Rappelons qu'il y eut plus de 20000 juifs assassinés. Au début, la vie s'organisait dans les ghettos, tant bien que mal: les habitants étaient autorisés à aller travailler à l'extérieur.


Dans une vitrine, il y a quelques exemplaires des médailles qui sont remises au 'justes', ces civils qui ont aidés les juifs pendant la guerre. Je me demande pourquoi l'inscription est en français sur celle-ci.


Parmi les prisonniers, plusieurs prêtres ont été détenus ici, dont le père Alfonsas Svarinskas qui résista jusqu'au bout, et fut surnommé "L'irréductible" par ses geôliers. Il continua sa vie politique après l'indépendance.



La résistance catholique fut l'une des plus actives et elle édita même un journal clandestin jusqu'aux derniers jours de l'occupation. Mais d'autres religions furent persécutées par les soviétiques: orthodoxes, protestants, juifs, karaïtes, "vieille religion", etc...


Voici, avec ses murs capitonnés,  la salle de torture, qui a été reconstituée à l'identique. La torture physique fut interdite dans les années 80, mais on continua à trouver des moyens pour torturer les prisonniers...



Par exemple on plaçait les détenus à moitié nus dans cette pièce, dont le sol est rempli d'eau avec juste le petit promontoire au milieu pour se tenir debout. Après une nuit passée dans le froid dans cette cellule, les suppliciés tombaient de fatigue et s'endormaient dans l'eau glacée.



A la fin de l'occupation, la pression dans cette prison du KGB finit par diminuer et l'on accorda plus de liberté aux prisonniers, avec notamment une bibliothèque contenant des livres sélectionnés.


Ces petites trappes donnent sur l'extérieur. A l'époque il y avait un garde en charge de surveiller la rue et de tirer sur les éventuelles attaques de rebelles venus libérer leurs collègues.


Après les cellules, une porte mène à la petite arrière cour qui servait de chemin de ronde. Là aussi des genres de cellules à ciel ouvert, question que les prisonniers puissent profiter un peu plus longtemps de l'air glacial des nuits d'hiver...


En haut, dans les étages, il y avait les bureaux du KGB.


La dernière salle est la salle des exécutions. Car oui: on ne s’embêtait pas à transférer les prisonniers sur un lieu d'exécution. On les fusillait directement sur place, dans une petite cave.



Et comme le montre cette reconstitution vidéo, la mise à mort était expéditive.
On ne laissait pas le temps au condamné de réagir: il était emmené dans une pièce où un préposé lui lisait le jugement, puis on lui mettait un bandeau sur les yeux, une balle dans la tête, évacuation du corps, nettoyage du sang, et en avant pour l'exécution suivante... en 3 minutes chrono!
Limite du travail à la chaîne.


On voit encore les traces de balle sur les murs.
Les corps étaient déposés dans une fosse commune à l'orée de la ville (à Tsukulenai), et on est encore aujourd'hui en train de faire l'excavation des dépouilles, qu'on essaie de reconstituer pour rendre les restes aux familles.



C'en est fini de la visite de la prison, la suite se passe à l'étage, dans les locaux où se trouvaient les bureaux du KGB. Je commence à avoir faim et donc je vais un peu presser le pas, mais l'exposition a l'air très intéressante.



Je commence la visite par la fin: l'indépendance de 1992, les barricades, les cocktails molotov...


Beaucoup de Lituaniens exilés - notamment aux Etats unis - tentèrent pendant des années de convaincre les gouvernements occidentaux de condamner l'occupation russe. En 1990, le premier pays à avoir reconnu l'indépendance de la Lituanie fut... l'Islande!


Voici la salle dédiée aux 'partisans', ces soldats qui à la fin de la seconde guerre mondiale continuèrent à se battre contre les soviétiques après avoir combattu les nazis, ceci pendant 10 ans. Ils étaient organisés en une véritable armée avec un uniforme et des grades. Ils ont tenté en vain d'obtenir de l'aide de l'occident.


C'est vrai que déjà avant la seconde guerre mondiale Staline avait déjà fait mainmise sur le pays et que le bâtiment où nous nous trouvons était déjà utilisé comme centre de détention. Finalement pour les lituaniens, Nazis ou Communistes, c'était un peu pareil...


Une ou deux salles sont dédiées aux exilés, opposants politiques envoyés en Sibérie. On envoyait en fait toute la famille avec femme et enfants. Peu ont réussi à s'échapper et revenir: la plupart ont tenté de s'adapter au climat de la Sibérie et de vivre une vie plus ou moins normale.


Certains ont réussi à s'échapper, comme ce gamin de 11 ans qui est revenu par ses propres moyens en Lituanie, et a vécu sous une fausse identité pendant des années, avec son baccalauréat à la fin.


Une salle est dédiée au recrutement du KGB: comment étaient choisis les membres, etc... Voici les photos et noms de chacun des agents ayant travaillé ici, avec leurs années de service. Je me demande si ils ont été mis en prison à la fin...



Voici la salle des écoutes téléphoniques, et aussi des micros qui étaient dissimulés chez les personnes suspectes. Je ne me rappelle plus du nombre de micros mais il était impressionnant.



L'étude des photos était aussi utilisée. Par exemple celle-ci a été prise lors d'un hommage pacifique d'un groupe d'étudiants à Romas Kalanta qui s'était immolé par le feu pour protester contre le régime. Le nom et l'identité de chacun des intervenants sur la photo est recherché et noté dans un dossier à charge.

C'est fini!
C'était vraiment intéressant... à faire absolument si vous visitez Vilnius.

Et là j'ai faim. Je vais essayer de ne pas chercher trop loin mon restaurant de ce midi. ou plutôt devrais-je dire "de ce 15 heure"!
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