vendredi 9 avril 2021

Tallinn - Jour 2 - Partie 3 - Du temps des chevaliers

Oyez oyez gentes dames et damoiseaux, voici la suite des aventures de nos trois preux chevaliers!
N'écoutant que leur courage, les voici maintenant prêts à prendre leur tour de garde sur les remparts de la ville, à sonner les cloches du beffroi et peut être même à prendre part aux combats en armure...


En cherchant le n°41 de notre audioguide, on tombe sur le passage Sainte Catherine et ses échoppes d'artisans... tant pis pour le n° 41! 


A cette heure, certaines boutiques sont en pause déjeuner mais on peut faire un tour chez l'artisan verrier qui fait de superbes plats. J'achèterais bien un verre en souvenir sauf que... j'en ai des tas de verres à la maison!
On continue donc notre chemin.



Il n'y a rien dans notre audioguide sur la tour Hellemann et ses remparts. Pourtant la visite était prévue dans notre programme... alors on y va on monte! En plus le prix de l'entrée est compris dans notre Tallinn Card...



Une fois en haut, on a bien sûr accès à une partie du chemin de ronde des remparts, et pour le coup on se prendrait bien pour de véritables gardes. Avec vue sur l'extérieur, mais aussi sur les maisons à l'intérieur des murs, et les passants qui passent...


On peut aussi tenter de monter tout en haut de la tour, et de là aussi on a une très belle vue...
On voit très bien la courbe du chemin de ronde.
Au fond la flèche de l'église Saint Olaf, que nous avons gravie en premier ce matin.




De l'autre côté voici 3 autres tours qu'il nous reste encore à visiter: à droite celle de l'hôtel de ville, à gauche celle de l'église Saint Niguliste et au milieu ce sera pour cet après midi: Saint Alexandre Nevski, sur la colline de Toompea.




A l'époque toute la ville était entourée d'un mur de 3 mètres d'épaisseur et d'exactement 60 tours dont il ne reste plus que 26. Les portes fermaient toutes à 21h mais il était possible de les franchir après en s'acquittant d'un droit de péage.
Le couvre-feu était également décrété pendant la nuit et quiconque était surpris dans les rues pouvait alors être arrêté (à moins d'être riche bien sûr).


Il faut maintenant redescendre... Hey! C'est quoi ce trou? 


Bin oui ce sont des latrines... Il fallait bien que les soldats se soulagent quelque part. 
Par contre à l'époque il n'y avait pas de maison en dessous... enfin j'espère.


Une fois en bas, nous continuons à longer les remparts en direction de la porte Viru. C'est là que se sont installés les marchands d'habits avec leurs étals, faisant ainsi perdurer les traditions du moyen-âge...


Les portes de Viru étaient parmi les principales portes de la ville, et elles sont encore beaucoup empruntées de nos jours.  
Elles étaient particulièrement protégées au moyen-âge. Aujourd'hui elles servent surtout à séparer la vieille ville de la 'nouvelle' ville moderne.


C'est aussi là qu'il faut aller si on veut acheter des fleurs pour sa fiancée: il y a au moins une quinzaine de boutiques de fleuristes. 
Vous avez vu cette petite fille qui arbore fièrement son maillot de l'équipe de France?



Nous sommes arrivés au n° 1 de notre audioguide, qui tiens à nous raconter ici une vieille légende: on dit que chaque automne un petit homme gris surgit du lac Ulemiste  et vient demander aux gardes de la porte de Viru si la construction de la ville est achevée. La réponse doit toujours rester la même: non. 
Car ce petit homme a fait le serment que le jour où la ville était terminée, il allait y provoquer une inondation dévastatrice avec ses pouvoirs magiques...


L'une des raisons également pour laquelle la porte de Viru était et reste très fréquentée c'est qu'elle donne directement accès à une rue qui monte vers l'hôtel de ville et son marché. Autant dire que cette rue (la rue Viru) était et reste très commerçante...


Nous décidons de mettre en pause notre visite guidée pour nous adonner à l'une de nos autres occupations favorites en voyage: manger!
On remonte donc la rue Viru et je sais déjà où je vais emmener mes deux compagnons ce midi, un restaurant où j'avais déjà eu le bonheur de manger lors de mon précédent voyage: le Olde hansa!


C'est un restaurant mais c'est aussi une expérience: installé dans une maison d'époque, il est tout entier dédié à la cuisine médiévale: les serveurs sont habillés à la mode du moyen-âge, on mange autour de tables en bois sous la seule lumière des bougies... 


Même les toilettes ressemblent à des latrines d'un autre temps (Argh! J'aurais dû les prendre en photo. 
Je perds la main... heureusement que Pierre-André est là).
Le restaurant est connu. Du coup, il va falloir attendre un peu pour avoir une table à l'intérieur. 


Les serveurs sont sympas, énergiques et ont le mot pour rire.
Et les plats sont originaux: Frédéric va goûter à la bière au gingembre et en plat, ce sera saucisse de sanglier, ours et renne. Moi je vais tenter le sauté de cerf avec sa multitude d'accompagnements aux épices... Un goût sucré-salé, ce qui était commun à l'époque.
Même le café a un goût spécial...
Par contre... la machine à carte bancaire n'est pas d'époque! 



Avant de continuer notre chemin, on passe par la boutique attenante au restaurant et j'achète des amandes grillées aux épices, spécialité de Tallinn. Elles sont bien chaudes... Mmmm...


Il est 14h et nous continuons notre visite en nous rendant sur la place de l'hôtel de ville toute proche.
Il y a bien du monde ici...


Mais avant de nous mêler à la foule, nous décidons de nous consacrer justement à la visite de l'Hôtel de ville autour duquel nous tournons depuis un moment. On va commencer par gravir les marches qui mènent à son clocher.
Et oui encore des escaliers à monter... courage.


En haut c'est assez étroit... heureusement qu'il n'y a pas autant de monde qu'à Saint Olaf!
Par contre on a une très belle vue sur la place du marché juste en dessous de nous...


Voici la cloche juste au dessus de nos têtes... j'imagine que quand c'est l'heure de sonner ils doivent quand même fermer l'accès à la tour.


Par contre la vue est plus restreinte que celles que nous avons eues jusqu'à présent. 
On n'a même pas vision sur le vieux Thomas, la girouette qui se trouve sur le bout du toit de l'hôtel de ville, et qui y fut installée en 1530.


On décide donc de continuer notre visite dans les salles d'exposition, accessibles juste à côté de l'entrée en bas...


Le voilà donc, le vieux Thomas, ou plutôt l'une de ses nombreuses incarnations (il a été changé plusieurs fois). La légende raconte que le jeune Thomas, orphelin, était doté d'un don exceptionnel pour le tir à l'arc, et qu'il se fit remarquer lors d'un concours de tir au perroquet. Il fut aussitôt incorporé dans la garde municipale, devenant l'un des héros des défenseurs de la ville...


Nous sommes ici dans le seul hôtel de ville de style médiéval de tous les états baltes, construit en 1322 et agrandi plusieurs fois. Son rôle était au départ lié principalement au négoce et une partie de ses locaux servaient à protéger les marchandises du marché. Au début les marchés n'avaient pas lieu sur la place de l'Hôtel de ville mais à divers autres endroits.


La visite nous permet de découvrir la salle du conseil municipal, qui sert également pour les mariages... on se croirait vraiment au moyen-âge.
Il parait qu'il y a aussi une salle de torture dans un coin de l'édifice...


Ce n'est pas bien grand mais tout semble être resté intact: les boiseries sculptées, le carrelage coloré...


Ces boiseries ressemblent à celles de l'église du Saint esprit, et ce seraient les plus anciennes sculptures de bois de tout le pays...


Tout de suite à côté, voici le bureau du bourgmestre, avec un superbe dallage noir et jaune.
Ils ont bien installé le chauffage... mais pas le téléphone.




Notez la chaise des notables, avec ses côtés sculptés en bois: d'un côté le combat de David contre Goliath et de l'autre ...


... du SM médiéval?



On peut accéder aux combles du bâtiment pour admirer l'armature de bois du toit. Il y a également une exposition de photographies sur l'hôtel de ville à différentes époques...
En 1780 la foudre s'abattit par deux fois sur le toit de l'édifice sans faire aucun dégâts.


Retour sur le place de l'hôtel de ville, non sans avoir levé les yeux pour admirer les impressionnantes gouttières à tête de dragon de l'édifice...


Cette fois-ci, on ne va pas y échapper: moi je veux faire un petit tour sur le marché médiéval, messieurs!


Depuis des siècles, cette place est au centre de la vie sociale et culturelle de Tallinn, avec le marché bien sûr mais aussi les processions et les tournois. Un pilori était également dressé là pour appliquer les sentences populaires. Les premiers visés étaient parfois les commerçants du marché, sévèrement punis s'ils utilisaient par exemple des balances truquées ...


Il y avait aussi sur cette place un centre de pesage municipal ainsi qu'une fonderie dans laquelle aurait été fondue la cloche de l'église du Saint Esprit que nous avons visité ce matin.
Les fêtes médiévales ressemblaient peut être à celle qui se déroule aujourd'hui sous nos yeux?
Je fais un peu le tour des stands et trouve un petit truc à ramener à mes parents. Il y a un joueur d'ocarina et bien sûr un tanneur, plusieurs potiers, etc...


Et à côté de l'estrade, des musiciens et des danseurs sont en train de mettre de l'ambiance. Ils invitent un groupe de touristes chinois à les rejoindre dans la danse... En voilà qui ramèneront un bon souvenir à raconter de leur voyage estonien!


Prochain arrêt: la rue du puit à poulie, qui porte ce nom car il y a un puit (à poulie) en son centre. 
C'était l'un des plus importants puits de la ville, bien que son eau soit noire et trouble (et d'un goût douteux). 
On a appelé également ce puit le 'puit au chat', car chaque année on sacrifiait un chat dans le puit afin de nourrir la nymphe qui se trouve au fond... Tu m'étonnes après que l'eau ait un mauvais goût!


Il y avait plusieurs puits à Tallinn mais certainement pas assez pour les besoins de tous, et surement pas assez pour éteindre les éventuels incendies qui à plusieurs reprises ravagèrent la ville. Il fut finalement interdit de construire des maisons en bois et c'est ainsi que fleurirent les maisons de pierre autour de nous...



Il y a des légendes sur la maison n° 6 qui se trouve sur cette place: on raconte que chaque nuit on y célèbre le mariage du diable en personne. Un jour, l'un des propriétaires de la maison, ruiné, fit un pacte avec Lucifer pour retrouver sa fortune. En échange de quoi celui-ci pouvait venir faire la fête tous les soirs dans sa maison...



Au bout de la rue se trouve la grande église Niguliste ( ou Saint Nicolas). Celle-ci fut construite au XIIème siècle pour servir d'édifice religieux, mais c'était aussi là que les habitants venaient se réfugier en cas d'attaque ennemi sur la ville. Et qui mieux que Saint Nicolas, patron des marins, des marchands, des enfants et des enseignants pour protéger les fidèles? 
De petite église de bois, Saint Niguliste a grandi de siècle en siècle, et bien qu'elle ne soit plus utilisée que comme musée, sa visite vaut le détour...


On y expose des œuvres d'art médiévales et certains jours des concerts y sont aussi organisés (malheureusement pas en ce moment). Il est 16h30, on va se dépêcher d'y entrer avant la fermeture...


L'œuvre la plus connue exposée ici reste la 'Danse macabre' (en français dans le texte, y compris dans la version anglaise des commentaires). Malheureusement la toile ne peut être approchée de trop près car elle est en réfection, mais en zoomant un peu on peut peut-être en apercevoir quelques détails...



Des squelettes prennent par le bras gentilhommes et galantes dames pour les entrainer dans une danse vers la mort. Peint par Berndt Notke (qui avait sculpté le retable dans l'église du Saint Esprit, et si vous vous rappelez la sculpture de Saint Georges dans la cathédrale de Stockholm, c'est lui aussi), ce tableau n'est en fait qu'un fragment réalisé pour une église à Riga. Personne ne sait comment il est arrivé à Tallinn.



Mais il y a d'autres œuvres qui attirent mon attention dans ce musée, comme par exemple ce retable à deux paires d'ailes, de grands tableaux à volet peints recto-verso, qu'on peut un peu ouvrir comme un livre...


Ou encore cette statue de Saint pèlerin. Il s'agit de saint Christophe, patron des voyageurs (un peu notre patron à nous en quelque sorte)...
Il porte le monde sur ses épaules, vous avez remarqué?



Autre détail d'un des tableaux exposés: C'est en voyant ce genre de trucs que je me dis que ce sont bien les catholiques qui ont inventé le gore...


Beaucoup d'œuvres sont des cadeaux des guildes de marchands (notamment celle des têtes noires). Cela se voit surtout dans le trésor où les coupes en métaux précieux à l'effigie de guildes foisonnent.



Ils sont sur le point de fermer le musée. Nous nous dirigeons donc vers la sortie, en prenant quelques photos volées au passage et en n'oubliant pas de passer par la boutique bien sûr...


Mais notre voyage dans le temps n'est pas terminé pour autant: à l'extérieur devant l'église se sont installés les activités ludiques et culturelles de la fête médiévale en cours.


Ils sont là aussi sur le point de fermer boutique mais il y a quand même quelques activités: des jeux pour les enfants d'un côté et de de l'autre des jeux pour les grands enfants... ceux qui aiment la bagarre.
Alors messieurs mesdames, découvrez... le Béhourd!


C'est un sport qui s'inspire des combats médiévaux au corps à corps. En armure, bouclier, épée et lance à la main, 2 équipes s'affrontent.
Le but est de mettre les joueurs de l'équipe adverse au sol, chaque équipier devant rester au sol une fois qu'il est touché.
Il y a quand même des règles strictes: des arbitres sont là pour les faire respecter. Les armes sont vérifiées pour ne pas être trop dangereuses, et certains coups sont interdits comme les estocs où les coups aux jambes et à la nuque...


Je ne connais pas les règles du jeu, mais ça a l'air passionnant... et un peu dangereux.
Pierre-André en a déjà entendu parler. Les gars qui joutent sont de sacrés athlètes, et même si ils ne portent pas complètement les coups, j'en vois un ou deux qui pansent leurs plaies dans un coin.


Nous allons rester un moment à regarder les 'matchs'.
Le béhourd a été inventé (comme sport) en 1990 en Russie, et est depuis devenu populaire surtout dans les pays d'Europe de l'Est, mais il existe bien une fédération française qui organise plusieurs tournois par an, et il existe aussi des compétitions internationales. 


Certaines personnes du public sont également habillées comme à l'époque... à un détail près.


Les joutes sont sur le point de prendre fin. Nous faisons un tour du côté des jeux pour enfants puis nous allons repartir pour la suite de notre visite guidée. C'est juste la rue derrière...


En passant encore quelques dernières photos du moyen-âge... nous allons bientôt revenir au 21ème siècle.

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