samedi 3 avril 2021

Tallinn - Jour 2 - Partie 2 - Dans la vieille cité

En l'an de grâce 2018, 3 preux chevaliers poursuivent leur quête à travers les rues médiévales de la vieille cité... Leur casque (audio) sur la tête, leur arme (photographique) à la main, les voilà bien décidés à découvrir tous les secrets de Tallinn...


Sur le pavé, au milieu de la rue, une étrange créature: c'est une petite chauve souris qui a dû tomber en plein vol ou se faire empoisonner. Elle respire à peine et semble en train d'agoniser. 
Je me sens un peu désemparé face à cette pauvre bête... J'aimerais bien l'aider mais j'ai l'impression qu'il n'y a plus rien à faire...


On ne peut que continuer notre chemin...
Voici l'une des portes de la vieille ville médiévale devant laquelle nous sommes passés hier. C'est celle qui permet d'accéder au port et donc accueillait jadis marins et navigateurs...  et les touristes aujourd'hui.


C'est là que se trouve la tour appelée la Grosse Marguerite. Ce n'est pas son nom d'origine et ce furent les marins qui lui donnèrent ce surnom. C'est vrai que cette grosse tour ronde a de quoi impressionner: ses murs font 5 mètres d'épaisseur à la base et 3 mètres d'épaisseur à son 5ème niveau. Jadis elle était plus haute mais elle a été 'rabotée' lors de différentes attaques.
Au 18ème siècle la tour changea plusieurs fois de fonction et devint tantôt dépôt de munitions, prison puis caserne militaire...
En 1917 on y emprisonna les meneurs de la révolte contre l'occupant russe.


Aujourd'hui la tour Marguerite peut se visiter, et elle est même devenue le musée de la marine. Logique, quand on pense que le port se trouve juste en face... 
Par contre on ne pourra pas y faire un tour: le musée est en travaux en ce moment.


Après la photo d'usage, retournons maintenant dans la vieille cité via la porte des mers. Notez que la grosse tour Marguerite n'a été ajoutée à la porte que vers le XVIème siècle.


Nous croisons tout un tas de touristes chinois qui sortent de leur hôtel et se dépêchent de se faire prendre en photo avant que leur journée de visite ne commence... Ça doit être stressant d'être un touriste chinois: visiter toute l'Europe en 15 jours... pfuiii!



Je me rappelle que lors de ma dernière visite ce bâtiment était presque en ruine...
On passe devant un magasin de souvenirs et on se dit pourquoi pas? Comme ça c'est fait: bracelet, cartes postales, petite clochette à accrocher dans mon salon... 
Frédéric abandonne son audioguide: il n'a plus de batterie dans sa tablette et puis aussi je pense que les commentaires - un peu long - le gonflent un peu. C'est vrai que c'est moins intéressant qu'avec un guide en chair et en os.


N° 33 les trois sœurs, 3 maisons presque identiques construites au 15ème siècle dans un style gothique typique. Elles servaient autant de lieu de vie que d'entrepôt pour les marchandises. En témoignent les 3 poulies qui permettaient de monter les colis jusqu'au grenier. 


Contrairement aux autres maisons construites à cette époque, l'architecture intérieure de ces 3 logis est constituée de grandes pièces. Notez également la porte de la grande sœur, très ouvragée et colorée...
De nos jours, les 3 bâtiments ont été transformés en hôtel de luxe et des hôtes de marque y ont séjourné: la reine d'Angleterre par exemple.


Nous continuons notre balade dans la rue Pikk, où notre audioguide va maintenant nous parler des guildes qui eurent une influence très importante dans l'évolution de la ville, et qui possédaient leurs sièges dans cette même rue.



La plus influente d'entre elles fut la confrérie des têtes noires, dont le bâtiment est reconnaissable à son effigie sur la porte, pas très politiquement correcte de nos jours...
La tête noire, c'est celle de  Saint Maurice, patron de la guilde.



Elle fut fondée à la fin du XIVème siècle par des marchands qui voulaient échapper aux règles trop strictes en vigueur dans les autres guildes, notamment La Grande Guilde, majoritaire à cette époque. 
En effet pour en faire partie il fallait être marié, posséder une maison et résider de façon définitive à Tallinn, ce qui n'était pas le cas de tous les marchands de Tallinn à l'époque. Les têtes noires furent donc fondées par des commerçants d'origine étrangère et célibataires. Les bateliers étaient également acceptés, mais pas les artisans ni les ouvriers. Autant dire que c'était un club de riches.


C'est donc dans cette maison que les membres de la guilde se réunissaient pour organiser concerts, bals et réceptions. Les têtes noires participèrent beaucoup à la vie sociale de Tallinn en sponsorisant fêtes et processions, notamment les célébrations du moi de Mai, durant lesquelles on faisait la fête pendant 7 jours. A l'issu d'un concours on désignait celui qui serait le comte du mois de Mai, et celui-ci avait (pour la durée de la fête) certains privilèges: notamment celui de se choisir une comtesse mais aussi de libérer un prisonnier des geôles de la ville...
Ce sont aussi les têtes noires qui initièrent la tradition de lever un sapin de Noël sur la place de l'Hôtel de ville. 
Au début du XXème siècle les confréries perdirent peu à peu de leur influence, et celle des têtes noires fut définitivement dissoute en 1940. Néanmoins certains hommes d'affaire allemands ont tenté de la faire revivre dans les années 60 et elle est toujours active dans la ville d'Hambourg.



Un peu plus loin dans la rue Pikk, une autre maison, une autre guilde: celle de Saint Olaf. D'origine religieuse (en référence à l'église du même nom), elle acceptait les corps de métier jugés inférieurs par les autres corporations, comme les artisans et les ouvriers. Par contre l'argent ne devait pas couler à flot car il n'y a même pas de porte donnant sur la rue Pikk...


Puis encore après voici la maison de la guilde de Kanuti, elle aussi dédiée aux ouvriers et artisans. En tout à Tallinn, il y avait plus de 50 corporations de ce type, souvent réunies par profession (tailleurs, bouchers, etc...). Ils géraient également l'apprentissage des jeunes: chaque apprenti était confié aux mains d'un maître qui devait lui apprendre le métier. Et si l'apprentissage ne donnait pas satisfaction, le maître devait alors payer une amende avant de confier son élève à un autre de ses pairs...
Pour progresser au sein de la guilde, le jeune apprenti devait faire au moins 4 années d'étude tout en réalisant un "chef d'œuvre" à la fin. Cela marchait encore mieux si il épousait la fille ou la veuve d'un des membres de la guilde...


Je suis surpris qu'il n'y ai aucun commentaire dans notre audioguide sur ce superbe édifice tout bleu : la maison Reichmann. C'est vrai qu'il ne date pas de la même époque puisque c'est un bâtiment de style Art nouveau construit en 1909. 


Tout en haut de cette maison, il y a cette curieuse statue qui surveille les passants d'un air amusé... Je l'ai pris en photo plusieurs fois je crois.


En face il y a un autre bâtiment Art Nouveau dans un style moins coloré mais tout aussi sympathique. Il accueille la galerie d'Art des dragons.


Mais passons maintenant à la dernière maison de corporation de la rue, celle de la Grande Guilde. Ce fut la plus influente et la plus importante durant le moyen âge, et la grande maison que voici a été agrandie et modifiée plusieurs fois. Les règles pour entrer dans cette confrérie de marchands étaient strictes: une bonne moralité était exigée et chaque membre devait organiser au moins un grand festin par an en n'oubliant pas d'inviter chacun de ses frères. Autant dire qu'il fallait être riche... et obligatoirement marié.
D'ailleurs bon nombre d'anciens membres de la confrérie des têtes noires changeaient de guilde après avoir trouvé une épouse.



L'influence de cette guilde était telle que souvent le bourgmestre de la ville était choisi parmi ses rangs. La Grande Guilde avait également le monopole sur le commerce du sel et le brassage de la bière.
Bien entendu la grande maison que voici leur servait à organiser banquets et fêtes, mais on y célébrait aussi les mariages. 
Le bâtiment abrite de nos jours le musée de l'Histoire estonienne.


Nous sommes presque au bout de la rue Pikk, et en fait en plein centre de la ville médiévale, avec en face la jolie église du Saint esprit, la plus petite de la ville mais l'une des plus anciennes: sa cloche daterait de 1433, c'est la plus vieille de toute l'Estonie.


L'horloge qui se trouve juste en dessous est elle aussi assez ancienne: elle date du XVIIème siècle.
Je me rappelle avoir visité l'église lors de mon précédent voyage et que l'intérieur était particulièrement beau. Je vais donc un peu pousser Fred et Pierre-André pour que nous y entrions...


En effet, de l'intérieur l'église parait toute petite... et austère comme toutes les églises luthériennes. Mais ses nombreuses boiseries valent quand même le détour.
C'est le n° 39 dans l'audioguide...


Comme elle est toute proche de l'hôtel de ville, c'est dans cette église qu'avait lieu l'office qui précédait le conseil municipal. 


Au fond on peut apercevoir un superbe autel du 15ème siècle représentant la descente du Saint Esprit sur les apôtres. Il fut commandé au grand peintre et sculpteur allemand Bernt Notke.


Mais moi ce que je préfère ce sont les petits reliefs sculptés et colorés de la balustrade, et qui représentent de petites musiciens...



En empruntant un escalier on peut monter en haut des balustrades et avoir une très belle vue d'ensemble...
L'orgue du fond parait moderne: elle a en effet été réalisée en 1929.


C'est dans cette église que pour la première fois les messes furent dites en estonien, après que celle-ci adopta le protestantisme.


J'aime bien les vitraux modernes, très travaillés...



Pour continuer notre chemin il faut emprunter l'étroite rue du pain qui longe l'église et se termine par un passage couvert. 
On vendait déjà du pain dans cette rue il y a plus de 600 ans (avec parfois pas moins de 8 boulangers dans cet espace restreint), mais il n'y reste plus qu'une seule petite pâtisserie-salon de thé (où nous n'aurons pas le temps d'aller boire un thé malheureusement). 




Le plus populaire des pains vendus ici était le 'pain à corne', carré avec 4 angles cornés, originaire d'Allemagne. Mais celui de Tallinn était réputé et exporté jusqu'en Russie. Bien sûr le commerce du pain était régit par la guilde des boulangers qui contrôlait le poids et la forme de chaque pain, et s'arrangeait pour que les commerçants changent de boutique fréquemment.


Après le passage couvert, nous voici sur la place de l'hôtel de ville où se déroule en ce moment le marché médiéval... mais ce sera pour plus tard: nous allons maintenant bifurquer sur la gauche, dans cette rue qui descend.



Voici la pharmacie la plus ancienne de Tallinn (1422). N° 8 dans l'audioguide. Elle est toujours en activité même si la plupart des visiteurs ne viennent pas ici pour acheter des médicaments... 


Tout comme nous, le reste des touristes ont passé le seuil de la pharmacie pour aller voir dans la pièce du fond, où un petit musée de la médecine du moyen-âge a été créé.
Pierre-André, lui, a raté la porte et s'est retrouvé dans le magasin d'antiquités d'à côté.



En 1710, quand la peste frappa le pays, les pharmaciens étaient alors surchargés de travail. Mais les médicaments qu'ils proposaient ressemblaient plutôt à des potions magiques: par exemple le clairet (mélange de vin, épices, huiles essentielles et sucre), fortifiant que l'on pouvait appeler le 'coca cola du moyen-âge. Ou bien encore de la poudre de licorne (fait à base d'extraite de momie, de crottes de chien, de sang de bouc, pénis de cerf, etc...). Ou encore l'aqua vitae, c'est à dire... de la vodka tout simplement. 
Bon, personne n'est malade? 
Très bien alors nous pouvons continuer notre chemin loin de la foule...
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