mercredi 28 octobre 2020

La Valette - Jour 1 - Partie 2 - Le temple doré des chevaliers

Maintenant que nous avons eu une "vue d'ensemble" maritime de la baie de La Valette, il est temps pour nous de commencer les choses sérieuses...
Tout d'abord, pas question de trainer devant les bateaux à Sliema: nous reprenons le ferry pour revenir au centre historique de La Valette, où nous avons plein de choses à visiter. 


C'est bientôt l'heure de déjeuner, mais nous avons encore le temps pour une balade au hasard dans les rues de la vieille ville...



Classée au patrimoine mondial par l'UNESCO, la ville fortifiée a été construite en 1566 sur l'ordre de Jean de Valette, grand maître de l'ordre à l'époque, et on lui a donc donné son nom.
Installés depuis quelques années sur l'île, les chevaliers réussirent à mettre en échec l'attaque ottomane de 1565 en résistant à 3 mois de siège. Cela attira l'attention des cours européennes qui envoyèrent des fonds afin d'aider La Valette à construire la ville fortifiée que nous voyons sous nos yeux.



Sur la presqu'île de La Valette, les rues ont été construites en damier, en épousant les reliefs chaotiques du rocher. Et donc... ça monte, ça descend... C'est ce qui fait aussi son charme.



Ces fameux balcons "bow window" qu'arborent beaucoup des habitations de La Valette doivent avoir une grande utilité l'été, quand il fait bien chaud... et l'hiver ils permettent de diffuser la lumière dans les habitations.
C'est une mode architecturale née au XVIIème siècle avec le mouvement baroque et qui avait aussi une fonction sociologique, chacun voulant rivaliser avec son voisin pour avoir le plus beau balcon.
Mais lors de la construction de La Valette, les législateurs imposèrent des règles strictes aux constructeurs: les balcons ne pouvaient avoir que 3 types d'ornement. C'est ce qui explique l'uniformité architecturale de ceux-ci dans la ville...



Nos pas nous mènent bien sûr vers la rue de la république, axe central de La Valette. Nous la prendrons et reprendrons maintes fois durant notre séjour, et comme maintenant elle sera souvent noire de monde.


Devant la cathédrale, le monument du grand siège est devenu depuis peu un mémorial pour  Daphne Caruana Galizia, journaliste blogueuse assassinée le 16 octobre 2017 alors qu'elle enquêtait sur la corruption au sein de l'état maltais. Sa mort a eu un important retentissement dans la population qui demande encore aujourd'hui justice. Pour l'instant le commanditaire présumé serait un ami du premier ministre maltais actuel (oups).



Après un arrêt au magasin de souvenirs pour acheter cartes postales, bracelet et casquette, nous nous dirigeons vers le restaurant que j'avais précédemment repéré dans mon guide et qui est l'une des institutions de la ville: le Caffé Cordina


En allant aux toilettes, je n'oublies pas mon appareil photo afin de prendre quelques clichés de la superbe décoration d'intérieur d'époque du café.


Nous prendrons donc place à la terrasse très convoitée du café, juste à côté du palais du gouverneur...


Pour notre premier repas maltais, mes compères ont décidé de manger du 'Fenek', c'est à dire du lapin, l'une des spécialités culinaires de l'île. Quand à moi, je tente une autre spécialité: le 'Ftira', un sandwich fourré au thon à la catalane (câpre et sauce tomate). La boisson aussi est une découverte: le Kinnie, un soda à base d'orange amère, à la fois sucré et amer. Dommage qu'ils n'en vendent pas en France, car je trouve ce petit goût délicieux...


A quelques mètres de nous a lieu une scène digne de film burlesque: un serveur du restaurant se bat contre une floppée de pigeons venus manger les restes de nourriture laissés par des touristes...


Le café expresso est très bon. On sent que l'Italie n'étant pas loin... 
Nous voilà prêts à repartir pour la deuxième partie de notre journée.
Tout comme pour les cabines téléphoniques, les maltais ont conservé les boites postales de quand ils étaient britanniques... l'occasion pour Pierre-André de poster ses cartes postales. Quoi? Il les a déjà toutes écrites?



Notre prochaine visite ne se trouve pas loin: la Co-cathédrale Saint Jean est juste à deux pas d'ici.
Il n'y a pas une longue file d'attente à l'entrée, et nous verrons dans les jours qui suivent que nous sommes chanceux car à chaque fois que nous passerons devant il y aura une longue queue à l'entrée de ce monument inratable à La Valette.


Alors que vue de l'extérieur la cathédrale parait quelconque, l'intérieur brille de milles feux. 
En effet, l'église étant le lieu de culte historique des chevaliers de l'ordre de Malte, chaque confrérie qui compose l'ordre a voulu rivaliser avec les autres en couvrant l'édifice de dorures, marbres er peintures afin de montrer sa richesse... et sa dévotion à Saint Jean, leur patron!


N'oublions pas de ramasser un audioguide au passage, c'est compris dans le prix.
Nous avons à peine 2 heures pour tout voir avant la fermeture, et notre regard est forcément débordé par cette profusion de détails et de dorures... ça brille de partout!



Regardons d'abord sous nos pieds: les sols de l'église sont entièrement couverts de pierres tombales en marbre (375 en tout). Ce sont les chevaliers qui par tradition se faisaient enterrer ici, question de laisser leur héritage aux générations futures.


La polychromie des marbres est impressionnante..
Souvent sur les pierres tombales figurent des squelettes, invitation pour les fidèles à réfléchir au fait que la vie est bien courte.



La construction de l'édifice commença en 1577 mais l'intérieur fut totalement repensé en 1730 pour accueillir une décoration baroque, ce qui explique son faste. En 1816 Saint Jean devint une 'Co-cathédrale', c'est à dire jumelée avec celle de M'dina, à l'époque capitale de Malte et siège de l'évêché.


La voute de la cathédrale a été peinte par le principal artiste italien de cette époque à Malte: Mattia Petri. La fresque détaille la vie de Saint Jean Baptiste en 18 tableaux, de droite à gauche, de sa naissance à sa mort en martyr.
L'artiste ne fut pas payé pour son œuvre mais il fut fait chevalier de l'ordre de Malte et est lui même enterré ici.


Au fond de l'église, une autre fresque à la gloire des chevaliers de l'ordre de Malte: l'archange Gabriel brandit le drapeau des chevaliers et derrière lui de petits anges viennent chercher les soldats morts au combat pour le mener directement au paradis, une couronne de laurier à la main... tout un programme.




Ensuite on peut parcourir les chapelles, dont chacune était attribuée à une des 'langues' de l'ordre. C'est ainsi que l'on nommait les différentes familles qui le composaient: la chapelle de Provence, la chapelle d'Allemagne, la chapelle du Portugal, etc...



En passant de chapelle en chapelle on peut constater comment chaque 'langue' de l'ordre rivalisait d'audace pour étaler sa richesse, chacune dans un style différent.
Pas un centimètre de mur qui ne soit décoré!


Si avec toutes ces dorures on a trop les yeux qui piquent, on peut toujours aller dans la sacristie dont le style est beaucoup moins extravagant...
Il y a juste sur les murs quelques portraits d'évêques ayant servi ici ainsi qu'un tableau représentant la flagellation du Christ.


Au plafond sont accrochés les drapeaux des différentes garnisons armées de l'ordre. Ils ont été laissés là en 1798 lors de la reddition des chevaliers devant Napoléon qui avait conquis l'île sur le chemin de la campagne d'Egypte. Ils ne sont plus jamais revenus au pouvoir à Malte, même si ils y possèdent encore des édifices représentatifs.



Revenons maintenant à nos chapelles. Voici celle d'Allemagne dont on reconnait l'emblème: l'aigle à deux têtes.


Remarquez également ce personnage à la longue moustache: il représente un guerrier turc, ennemis héréditaires des chevaliers et vaincus lors du siège qu'ils tentèrent pour faire main basse sur l'île de Malte. Ici il est représenté vaincu aux pieds des chevaliers...



Jadis la cathédrale contenait encore plus de tableaux et d'œuvres d'art mais elle fut presque totalement pillée par Napoléon lors de sa visite surprise à Malte en 1798.


Voici la chapelle d'Aragon où l'on peut admirer un tableau représentant Saint Georges terrassant le dragon. 
Un nouveau mémorial de marbre représente les esclaves turcs et africains, soumis à la supériorité de l'occident...


Remarquez le poisson sculpté sur les murs de cette autre chapelle: c'est le dauphin, emblème de la Provence. Cette chapelle est également dédiée à Saint Vincent que l'on aperçoit criblé de flèches...


Voici ici aussi un autre symbole du royaume de France: la fleur de lys.



Tout au bout se trouve une dernière chapelle mais qui est interdite aux touristes car elle est réservée à la prière. C'est dans cette chapelle que venaient prier les chevaliers avant de partir au combat, devant le reliquaire de Dame Philermos
Jadis il y avait aussi la relique du bras de Saint Jean mais les chevaliers l'emportèrent avec eux quand ils furent chassés de Malte.


Il nous reste encore une grande salle à visiter, célèbre car on peut y admirer deux chef d'œuvre du Caravage: "Saint Jérôme écrivant" et "Décollation de Saint Jean Baptiste". 
Après s'être enfuit d'Italie, le peintre se réfugia à Malte où les chevaliers l'accueillirent à bras ouverts, souhaitant même en faire l'un des leurs. Mais les démons qui habitaient ce grand artiste le poussèrent à reprendre sa vie dissolue. 
Il eu juste le temps de peindre les deux tableaux que nous voyons ici avant d'être disgracié et jeté en prison à la suite d'une dispute. 



J'admire vraiment la belle composition de la décapitation de Saint Jean, avec la lumière diaphane qui nous projette au cœur de l'action, dans l'horreur du sang versé...


J'aime bien aussi les petits anges incrustés dans la décoration de marbre.


Il me reste encore plusieurs chapelles à visiter: celle d'Italie, celle de France...
Il y a aussi ce tombeau de marbre blanc, où se trouve enterré le frère de Louis Philippe, décédé lors d'un voyage à Malte.
Puis une autre chapelle de Provence, décorée de grappes de raisin et de corbeaux noirs...




Je voudrais aussi monter en haut de la galerie pour prendre une photo 'en hauteur' de la nef mais elle vient juste de fermer. Et oui! Les deux heures de visite viennent de se terminer et la cathédrale va fermer...
Je me contenterais donc d'une dernière photo panoramique de l'intérieur... pas mal!


Je rejoins Frédéric et Pierre-André sur les marche de la cathédrale, à l'extérieur. 
Une visite impressionnante en effet...
Ha oui un dernier truc: vous voyez ce balcon au dessus de la porte? C'est de là que les chevaliers venaient saluer la foule après leur intronisation.

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