samedi 27 juillet 2019

Bucarest - Jour 2 - Partie 2 - Le vrai palais

Alors me voilà reparti à pieds vers de nouvelles aventures, et la visite d'un nouveau palais, mais qui aura un charme plus raffiné que celui de Ceausescu j'en suis sûr: le palais Cotroceni.
Il faut traverser le parc puis longer la route qui suit le fleuve.
Je trouve une petite supérette devant un immeuble de bureaux et achète un sandwich et une compote que je m'empresse de dévorer sur un banc juste devant.  Je suis accompagné des travailleurs venus faire leur pause clope à l'air libre.


Houla je n'ai plus que 20 minutes avant mon rendez vous! En effet le palais Cotroceni se visite exclusivement sur rendez vous avec un guide car c'est un bâtiment officiel.
Sur le plan, ça n'a pas l'air bien loin - juste la rue à gauche -  je devrais être dans les temps...
Sauf que je marche... je marche... des travaux, des cliniques, des maisons... et je finis par repérer un nom de rue... qui n'est pas sur le plan! Enfin bref... je suis perdu.


Et puis non! Finalement, j'aperçois le mur d'enceinte du palais au bout de la rue. Mais je ne suis pas encore arrivé: il faut encore en faire le tour.
Je suis en sueurs... là c'est sûr je suis en retard. 5 minutes de retard... c'est pas méchant... mais me voilà vraiment crevé pour le coup!
Je laisse ma carte d'identité auprès du garde à l'entrée, passe le portail de sécurité, et au comptoir m'attendent une employée et ma guide pour la visite, une petite blonde à lunettes.
Apparemment, il y a eu confusion car la réservation était prévue pour 3 personnes - je me rappelle que la réservation via leur site était un peu chaotique. De plus, la guide française habituelle n'a pas pu venir et ma visite se fera donc avec la guide anglaise (qui avouera plus tard avoir appris le français il y a très longtemps mais avoir oublié trop de choses).


Bon alors ce sera en tête à tête, et ma foi elle est très sympa cette guide. Par contre les photos de l'extérieur sont interdites - certainement parce qu'une partie du palais est utilisée comme résidence présidentielle. "J'imagine que vous savez qui a construit le palais Cotroceni?" me demande-t-elle. Heu... j'avoue que la seule chose que je sais c'est que ce palais était noté comme 'à ne pas manquer' sur un site internet...
Et bien nous allons remettre les pendules à l'heure: construit en tant que monastère, il devint la résidence royale lors de la réunification du pays dans les années 1890 et fut presque entièrement reconstruit par un architecte français. C'est ce qui explique son style "à la mode parisienne"...
Durant l'ère communiste le palais fut transformé en école réservée aux enfants des plus méritants des membres du parti. Puis Ceausescu eut plus tard une autre idée: transformer le palais en hôtel de luxe pour ses invités diplomatiques.


Nous commencerons par les appartements privés du roi et de la reine, et il y a même un ascenseur. Le premier monarque de la Roumanie réunifiée fut Charles I, un prussien. N'ayant eu aucun héritier (son unique fille Maria mourut à l'age de 5 ans), c'est son neveu Ferdinand qui lui succéda. Celui-ci fut très aimé par le peuple, tout comme son épouse, la reine Maria (d'ascendance anglo-danoise). Ils eurent un héritier, Charles II, auquel succéda son fils Michel premier. Michel fut le dernier roi de Roumanie, forcé à abdiquer par les communistes. Il s'exila en Angleterre et, sans ressources, devint éleveur de poulets (!). Il est encore en vie... enfin non plus maintenant: il est décédé en 2017 à l'age de 96 ans (mais il était encore en vie quand j'ai visité Bucarest).



Chacune des pièces que nous visiterons est décorée dans un style différent, parfois quelque peu excentrique. Et souvent dans un style d'inspiration française comme cette première chambre. Les grandes cheminées sont juste là pour la déco: à la construction du palais on se chauffait déjà à l'électricité et on avait l'eau courante.


Impressionnante, voici la pièce danoise (construite afin de rappeler à la reine Marie son pays natal) avec ses murs tout en bois sculpté, la fausse cheminée et les petits alcôves pour y déposer les icônes religieuses.


La chambre qui suit est dans un style tout différent: plafond en colombage et poutres apparentes dans un style digne des Tudor, autre évocation des origines anglaises de la reine. Sur certains meubles on reconnait la croix celtique.


La transition est frappante en passant dans la salle suivante, qui est toute revêtue de blanc et or...


En empruntant le couloir on change à nouveau de style , avec des poutres délicatement peintes comme au temps d'Henri IV.


Et puis, en franchissant une porte, nous voici en Asie, avec ce salon oriental, ses tapis et ses meubles chinois. Observez la singularité de ces chaises toute carrées, et la luminosité de la pièce...


Je remarque le paravent japonais, dans un coin.


En hauteur, on accède par un petit escalier au salon de thé (n'oublions pas que la reine avait des origines anglaises).


De chaque côté de la pièce on peut accéder d'un côté aux bureaux de travail, avec cet étrange bureau ayant appartenu à la reine et qui permet d'écrire debout (très pratique quand on ne veut pas froisser sa robe royale)...


... puis de l'autre côté on accède à la chambre nuptiale, avec son lit King size (qui n'aurait jamais été utilisé). A nouveau ma guide évoque la personnalité de la reine Marie, très aimée des roumains car elle avait gardé des mœurs simples. Pendant la première guerre mondiale elle participa à l'effort de guerre en se faisant infirmière.


Ça, à mon avis, c'est la salle à manger...


Dans le bureau de travail du roi, la guide me fait remarquer la poubelle à papier, très élégante... une poubelle royale, quoi! Derrière les rideaux se trouve l'accès vers un cabinet de toilettes, vestige de l'époque où Ceausescu voulait transformer l'endroit en hôtel. Il prévoyait notamment d'accueillir ici la reine d'Angleterre, qui ne vint jamais.


Ma guide propose de s'attarder un peu sur l'écusson de la Roumanie qui est sculpté ici: il est divisé en 4, pour les 4 provinces qui ont été réunies pour former le pays. Tout au long de l'histoire ces 4 territoires ont été unis puis désunis par les invasions successives, et aujourd'hui encore une partie du territoire historique du pays a été cédé à l'Ukraine, la Moldavie et la Bulgarie.


Nous descendons d'un étage pour atteindre la partie publique du bâtiment royal, avec cette immense salle de réception et de bal, là aussi dans un nouveau style. Le plafond et les piliers ont été hérités de l'ancienne fonction de l'édifice, monastère orthodoxe.


Dans une vitrine, des flacons d'une grande marque de parfum parisien de l'époque. Et en photo sur la publicité du parfum, c'est bien la reine Marie qui en échange de parfums gratuits à vie, accepta de devenir l'égérie de la marque... Elle était en avance sur son temps cette reine...


La table ronde est splendide, et fait tout de suite penser à la table du roi Arthur. Il parait que cette table peut se déplier mécaniquement pour gagner en superficie. J'aimerais bien voir ça...
Les chaises massives ont deux styles de décoration: aigle pour les hommes et fleurs pour les femmes, pour que les deux sexes participent ensemble à la destinée du pays.


Ces deux tableaux évoquent le château préféré de la reine, au bord de la mer, mais qui se trouve dans une région qui appartient à la Bulgarie de nos jours...
La reine avait demandé que son cœur y soit gardé après sa mort, mais après que le château ait changé de pays il fut transféré au château de Bran (un autre des ses château favoris).



Revenons dans la grande salle de bal pour observer l'imposante table de marbre qui pèse plus d'une tonne.


Notre visite n'est pas terminée: la salle suivante c'est la bibliothèque, remplie de livres du sol au plafond. Il y en avait jadis beaucoup plus mais une partie a été brûlée par les communistes.


On passe de l'ombre de la bibliothèque à la lumière de la salle aux fleurs, avec ses murs blancs. Ici on venait écouter de la musique et d'ailleurs le vieux piano (de marque française) est d'époque et fonctionne encore. L'immense lustre brille également de mille feux.


Rien ne pouvait nous laisser deviner ce que nous découvririons dans la salle suivante: des trophées de chasse couvrent les murs et des peaux d'ours, gueule béante, jonchent le sol. Et oui sa majesté aimait la chasse... Mais il reste encore des ours dans les forêts roumaines: on estime que de nos jours 50% des ours d'Europe se trouvent sur le sol roumain.


Voilà enfin la dernière salle de notre parcours: une salle de réunion... toute simple.
La guide me laisse récupérer mes bagages à la consigne et passer par la case toilettes puis nous sortons pour nous diriger vers la sortie de l'enceinte du palais.
J'avoue que ce fut une visite très surprenante... et une sacré baraque!
En chemin, nous discutons avec la guide de mes autres visites prévues. Elle me conseille d'aller visiter un autre château royal qui se trouve à Sinaïa et ça tombe bien car il est prévu dans mon excursion après demain.
Une autre visite à faire: le musée des villages, mais c'est un peu tard pour le faire aujourd'hui (j'irais un autre jour).
Où vais je aller alors maintenant? On va voir ça...

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