samedi 8 mai 2021

Tallinn - Jour 4 - Partie 2 - Les pieds dans l'eau noire

Nous pénétrons encore plus profondément dans le parc national de Lahemaa.
Prochain arrêt: l'immense manoir en ruine de la famille Stenbock.


Vous vous souvenez de la maison Stenbock devant laquelle nous étions passés sur la colline de Toompea? Il s'agissait de l'une des plus riches familles du pays, et sur le domaine où nous sommes elle 'possédait'  plus de 10000 serfs (peut être plus, car on ne comptait pas les femmes et les enfants). D'ailleurs leurs territoires englobaient une grande partie du nord de l'Estonie.


Comme vous pouvez le voir, le bâtiment de leur résidence est en bien mauvais état. Il est à l'abandon, mais reste parfois utilisé pour des cérémonies de mariage...
Comme souvent dans ce pays, on raconte tout un tas d'histoires de fantômes sur cet édifice. Par exemple il serait hanté par un jeune marié qui se serait suicidé après avoir été découvert en train de culbuter l'une des demoiselles d'honneur.


Mais la destinée du manoir va bientôt changer: il a été acheté par de nouveaux propriétaires qui comptent le transformer en hôtel de luxe.


Au fond du parc on peut également apercevoir l'ancienne distillerie où l'on fabriquait de la vodka avec l'eau de la rivière qui coule juste à côté. Suite à un incendie il aurait entièrement brulé et tout l'alcool des alambics se serait déversé dans la rivière, pour le plus grand bonheur de tous les soiffards du coin qui se seraient alors rendus à la rivière pour s'approvisionner en eau magique...


Mais reprenons maintenant notre route pour nous diriger vers notre dernière visite de la journée, mais pas des moindres: le 'Bog trail' du parc de Lahemaa.


Lors du précédent voyage avec mes parents, nous n'avions pu nous y arrêter car il faisait trop mauvais temps ce jour-là. Dommage...
C'est un endroit très populaire, pour preuve le parking qui est plein de voitures...



Une petite balade en forêt nous attend. 
Il parait qu'on trouve aussi des myrtilles par ici. C'est d'ailleurs l'une des occupations favorites des promeneurs en Estonie: la cueillette...


Il y a également des animaux dans le parc. Des biches par exemple dont on peut apercevoir les traces sur certains arbres, coups de cornes donnés sur les troncs pour se gratter la tête...


Notre guide nous fait remarquer le lichen sur certains arbres. C'est un parasite qui étouffe sa victime à petit feu.


Nous voici arrivés en marge du 'Bog trail'. 
C'est en fait une large zone de tourbières: des étendues de terres gorgées d'eau. Un cinquième du pays serait recouvert de tourbières de ce genre...


Le long chemin que nous allons prendre a été tracé à travers les eaux au moyen de pontons surélevés. 
Il ne faut surtout pas le quitter: d'une part afin de ne pas détruire la flore environnante qui est très fragile, et d'autre part car l'on risque de s'enfoncer dans la tourbe et de ne plus pouvoir en sortir... triste fin.


Le parc de Lahemaa a été créé en 1971 (il a donc exactement mon âge) pour éviter qu'il soit utilisé et défiguré par les industries. En effet, quelques temps auparavant, une autre tourbière avait été détruite par des exploitations pétrolières...
Jadis l'Estonie avait un autre nom: 'Viru', ce qui signifie 'Tourbe' en ancien estonien. C'est d'ailleurs comme cela que les Finlandais appellent encore le pays.


Les tourbières d'Estonie se sont formées lors de la fonte des glaces à l'ère glaciaire. En fait le pays étant assez plat, les eaux ne se sont pas évacuées vers la mer et ont formé de larges lacs peu profonds.
Si l'eau parait très noire, c'est en fait un signe de pureté.
Le sol est tellement humide qu'il empêche les arbres de grandir, ceux-ci ne pouvant pas planter leurs racines dans une terre saturée d'eau. D'ailleurs autour de nous nous n'apercevons que de petits arbres...



Parmi les rares plantes qui poussent ici, il y a le romarin sauvage dont le parfum des fleurs peut constituer un véritable poison pour l'homme: il donne des maux de tête et des étourdissements. D'ailleurs pendant leur floraison au printemps l'accès au bogtrail est interdit certains jours. 
Ensuite il y a certaines personnes qui en fument les feuilles... un peu comme du cannabis local.



Nous arrivons à mi-chemin de notre parcours, là où se dresse une tour d'observation. C'est ici que notre guide va nous laisser vaquer à nos aises: elle va retourner au minibus afin d'aller nous récupérer de l'autre côté, à la fin du bog trail.


Nous commençons par monter tout en haut de la tour afin de scruter l'horizon. La tourbière s'étend à perte de vue....


Les effets de reflets sur ces étangs noirs comme l'enfer est assez irréel, vous ne trouvez pas?
On ne sait plus quel est l'envers et quel est l'endroit...



On continue notre chemin vers la sortie.
Pas facile de se croiser à deux, sur ces pontons constitués de 2 simples planches...


A un endroit, un banc a été aménagé afin de pouvoir se baigner là où l'eau est un peu plus profonde...
Jadis les estoniens utilisaient la tourbe comme carburant pour se chauffer mais c'est désormais interdit. Par contre la boue des tourbières est toujours commercialisée comme produit cosmétique. D'ailleurs se baigner dans l'eau des tourbes est considéré comme très bon pour la santé... un vrai bain de jouvence. 


Bon alors je ne peux pas résister: il faut que je trempe mes pieds dans cette eau soi-disant si pure!


Un petit canard en face de nous est en pleine séance de pêche... 
Un instant de tranquillité qui finit par être troublé par une bande de jeunes gens en maillot de bain, prêts à plonger dans cette piscine naturelle... et à faire fuir le canard.


Je remets mes chaussures et rejoins le reste du groupe. Peu à peu les arbres autour de nous se font de plus en plus grands, signe que nous sortirons bientôt du 'Viru'.



Avant l'avènement du christianisme les tourbes avaient une signification mystique: les tribus païennes pensaient que ces eaux noires comme le vide du ciel nocturne menaient vers l'autre monde. On a d'ailleurs retrouvé plusieurs corps au fonds des eaux, certainement des sacrifices humains. La plupart de ces cadavres étaient presque intacts, protégés par la pureté et la fraicheur de l'eau.


A la fin du chemin, Marjo est là pour nous attendre, et l'un des voyageurs est en pleine cueillette: des myrtilles! 


Moi aussi j'en chipe une ou deux pour la route... miam! Ce sont des vraies!


Allez hop! Tous dans le van, et retour à Tallinn! 
Et les secousses du véhicule (à cause du mauvais état des routes, des amortisseurs ou de la conductrice?) ne nous empêcherons pas de piquer un somme...
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