samedi 5 octobre 2019

Varsovie - Jour 2 - Partie 1 - Insurrection!

Cette nuit on a changé d'heure: 1 heure de sommeil en plus! Je me lève et me prépare et, comme Agnieska n'est pas encore debout, je décide de sortir prendre mon petit déjeuner dehors ce matin... on va laisser mon hôte profiter de sa grasse matinée du Dimanche!


Le soleil du matin caresse les bâtiments de la place du palais royal. Aujourd’hui aussi nous aurons droit à une alternance de nuages et d'éclaircies...


Je retourne au café Nero de la veille pour un petit déjeuner composé d'un thé au lait et d'une Pavlova: un gâteau qui contrairement à ce que son nom pourrait laisser penser n'est pas d'ici. Ce mélange de meringue, de crème et de fruits proviendrait d'Australie ou de Nouvelle zélande et porterait le nom de la ballerine  russe Anna Pavlova. En tout cas c'est bien bon!


Bon, pas de temps à perdre! Je vais acheter mon billet au kiosque à journaux qui se trouve juste après l'arrêt et voilà déjà mon tramway qui arrive... ah non ce n'est pas celui là...


Moi j'ai droit à la version moderne du tram. C'est moins typique que la vieille boite toute jaune, mais il faut bien que les choses évoluent!


Une fois arrivé à destination, je sors mon GPS-smartphone de ma poche, car il va falloir un peu marcher pour rejoindre notre musée de ce matin, et je n'ai pas envie de me perdre dans ce quartier que je ne connais pas et un peu éloigné du centre...


Mais nous voilà arrivés: le musée du Soulèvement de Varsovie. Aujourd'hui c'est Dimanche et c'est gratuit et il y a déjà la queue à l'entrée... alors que cela n'ouvre que dans 20 minutes!


J'en profite pour faire le tour de l'enceinte du musée, construit dans un ancien hangar des tramways de la ville. Il y a d'abord les restes d'un bunker allemand, petit mais efficace.


 Il y a aussi la reconstitution d'un tank que les insurgés avaient bricolé à partir d'une voiture et de quelques plaques de fer...


Et au fond, il y a un long mur sur lequel sont inscrits les noms des victimes de la répression de l'insurrection, ou peut être pas tous, car rappelons qu'on estime à 180000 le nombres de personnes tuées.


L'autre côté du mur présente un autre aspect, avec des rosiers (pas très en forme en plein automne) et des photos prises durant l'insurrection...


Colorisées, on dirait que les photos ont été prises hier, et elles montrent des gens bien vivants...


Les portes du musée sont maintenant ouvertes. Je prends un ticket, mets mon sac à la consigne et je m'arme d'un audioguide. Il est prévu 47 points d'arrêt dans le guide: je pense que je ne serais pas ressorti d'ici avant un moment!



Et en plus... il y a foule. Ce musée presque neuf (il date de 2004) attire le monde, surtout le dimanche. Mais il faut dire que la scénographie est très bien pensée: on suit le chemin de salle en salle en abordant les événements de façon plus ou moins chronologique...


Une salle est réservée aux enfants avec des animatrices qui leur font faire des activités. Les murs de la salle sont couverts de photos d'enfants qui ont participé à l'insurrection. Ils n'étaient pas tous soldats, mais le plus jeune enfant armé avait 12 ans. Une autre salle plus loin évoquera le destin de ces enfants, dont la plupart étaient utilisés pour porter des lettres et des messages d'une unité à l'autre.



Nous commençons notre visite par l'occupation allemande et ses restrictions: tout était d'abord réquisitionné pour l'armée nazie. 'Nur für Deutsche': réservé aux allemands.


Un mur épais est situé au centre de la grande pièce du hangar. En dressant l'oreille on entend qu'il s'en échappe le bruit d'un cœur qui bat au milieu des tirs de canons.


Une courte évocation du ghetto juif de Varsovie et de ses atrocités, puis on entre dans le vif du sujet: l'opération Tempête menée par le mouvement de résistance polonais. Il était prévu de profiter que les nazis soient concentrés à affronter l'armée rouge sur le front de l'Est pour libérer une partie de la Pologne.
Le plan avait donc été prévu dès 1942 par le gouvernement en exil à Londres et les armées secrètes réunies petit à petit.



Il y eu d'abord un soulèvement en Juillet 44 dans la ville de Lwow, et la prise de Vilnius avec une partie de soldats polonais. Mais dans les deux cas l'Armée Rouge fit prisonnier les soldats polonais et récupéra le pouvoir dans les régions reconquises. Il y eu même des massacres de soi-disant opposants au régime communiste (notamment à Katyn).
Le vrai visage de Staline - qui jusqu'alors était considéré comme un allié et libérateur de la Pologne - apparaissait enfin. Faire une insurrection à Varsovie et tenir le coup jusqu'à la défaite allemande restait donc la dernière chance de ne pas se faire envahir par la Russie.



Une salle a été aménagée pour accueillir la vieille imprimerie qui a servi aux insurgés pour imprimer leurs tracts et leurs journaux.


Les presses tournaient alors à plein régime, avec des informations non censurées par les allemands. Différents journaux étaient édités, parfois même sur une unique feuille de papier. Mais il y a avait également une radio libre, une salle de spectacle où l'on divertissait les soldats... un vent de liberté quoi!


La vieille presse fonctionne encore. D'ailleurs nous avons droit à une démonstration...


Sur ce mur, on projette les témoignages de survivants de l'insurrection. J'ai retenu cette phrase qu'un père a dite à son fils, alors que celui-ci venait lui annoncer sa décision de rejoindre le rang des insurgés: "Ne te fais pas tuer bêtement."


Au centre il y a le grand hangar avec au dessus de nos têtes la reproduction de l'avion américain qui parachutait des ravitaillements aux insurgés. Il s'est finalement écrasé.



Plusieurs ravitaillements fait pas les alliés eurent lieu. Seul Staline ne leur a jamais rien envoyé (alors que ses troupes n'étaient vraiment pas loin: juste derrière le fleuve).
Les ravitaillements se trouvaient dans un genre de gros fut en fer (qui ressemble à une bombe), dont voici un exemplaire.


A l'intérieur: des médicaments, des boites de conserve, des vêtements...


Par une petite porte on accède au sous sol avec la reproduction des égouts de la ville. Ils étaient utilisés par les insurgés pour faire bouger leurs soldats d'un endroit à un autre, ou pour le ravitaillement. Un régiment composé de milliers d'hommes a même pu être évacué par ce moyen là, au nez et à la barbe des allemands...



Voici des prototypes d'armes bricolées par les insurgés eux-même, à base de métaux récupérés et fondus...


Un écran de cinéma projette des bouts de films réalisés par les insurgés eux-même et qui étaient à l'époque projetés dans les cinémas en guise d'information. On y évoquait par exemple la découverte de blé dans une usine de bière, que l'on utilisa pour faire du pain.



La fin est proche, et la riposte des allemands fut terrible. "Tuez les tous!" Tel fut l'ordre d'Adolf Hitler. 13000 morts.
Presque la totalité de la ville fut rasée...


Il y a la queue pour aller voir le film 3D: le survol des décombres de la ville en ruine. C'est plutôt décevant (j'avais déjà vu ces images) et la 3D n'apporte pas grand chose...


Je reprends le chemin de mon audioguide qui me mène au premier étage.
D'habitude il y a un accès au toit du hangar mais là c'est fermé (peut être à cause du froid).
C'est quand même grand...



L'insurrection avait également son hymne. Il fut écrit par l'une des combattantes, engagée comme infirmière et qui était déjà artiste avant la guerre: ce serait elle qui a posé la statue de sirène qui se trouve au centre de la place de la vieille ville.



Hitler avait dit "Tuez les tous". Cela voulait dire également s'attaquer aux hôpitaux de la croix rouge et assassiner sans pitié malades, infirmières et médecins...


Des quartiers entiers furent décimés, et il y avait tellement de corps dans les rues qu'on les enterrait sur place, sans sépulture. La ville n'était plus que ruines et tombes.



Comme nous l'avons dit plus tôt, c'était les enfants qui étaient chargés de livrer les messages, parfois même en passant par les égouts de la ville. Une véritable poste avait été installée, et on n'y transmettait pas que des messages militaires.


Certains des enfants tombèrent sous les balles, et on les décora à titre posthume.




Continuons notre chemin: ces panneaux évoquent le destin de 2 prêtres qui ont participé au combat et qui ont été béatifiés.


Entre autres atrocités, les soldats nazis (parmi lesquels étaient recrutés beaucoup de criminels) attachaient des jeunes femmes au capot de leurs tanks afin de ne pas essuyer les tirs de l'ennemi.



Le gouvernement en exil, voyant qu'il n'y avait plus aucun espoir, signa une reddition afin que les soldats puissent être traités en prisonniers de guerre. Les nazis évacuèrent la zone et envoyèrent tous les habitants dans des camps de prisonniers. Parmi les décombres ne restèrent que les 'robinsons' qui se cachaient au milieu des ruines. Beaucoup d'entre eux étaient des juifs...


Au final, tous ces efforts n'auraient de toute façon pas servi à grand chose, car le sort du pays avait déjà été scellé depuis longtemps lors des accords de Yalta: la Pologne serait cédée à l'URSS.
D'ailleurs Staline l'a compris: plutôt que de continuer son invasion il a attendu sagement derrière la Vistule que les nazis aient réduit en cendres tout foyer de résistance polonaise, afin de les retrouver dociles à la fin de la guerre...


De l'autre côté, dans la partie du pays qu'il a conquise, Staline a déjà installé des institutions communistes, avec un gouvernement fantoche à Lublin.
A la libération, l'attitude des insurgés sera critiquée et certains seront même arrêtés et jugés. La propagande se mettra en marche et modifiera l'Histoire: les insurgés seront accusés... de collaboration avec les nazis!


C'est sur ces images de désolation et de ville déserte que s'achève ma visite. Je jette un dernier coup d’œil au grand mur au milieu de la pièce, sur lequel figure l'emblème des insurgés: un P (pour la Pologne) entrelacé dans un W (pour Varsovie), comme une ancre pour protéger le pays des vagues de l'Histoire...
C'est 13h passé... j'ai bien passé 3h dans ce musée... pas mal!
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