lundi 29 octobre 2018

Vilnius - Jour 2 - Partie 1 - La forêt et la mort

Juste 6 heures de sommeil cette nuit. Le soleil qui passe par la fente du rideau de la chambre me réveille méchamment... dur dur ce matin! Je traîne les pieds jusqu'à la salle de bain, puis avale 3 fraises, du thé et un muffin.
Je comptais aller jusqu'à la gare en vélo (via les vélib' de Vilnius) mais cela n'est pas possible: la machine n'accepte pas les cartes bancaires et la carte de transport que m'ont remis mes hôtes n'est pas initialisée.


Bon alors ce sera à pieds, parmi les rues vides de la capitale. C'est beau une ville le matin sans personne. Après la porte de l'Aurore c'est tout droit, puis à droite une fois arrivé à la voie ferrée, et en passant devant la vieille locomotive. La gare centrale est monumentale avec son architecture de faux temple grec.


Le trajet pour Paneriai ne me coûtera que... 60 centimes d'euro!
Et mon train est là qui attend le départ, à 8h48 comme prévu.
J'en profite pour envoyer un SMS à mes logeurs et les avertir qu'il y a un arbre couché dans leur jardin... question qu'ils ne s'imaginent pas que c'est moi qui l'ai abattu.


Le trajet n'est pas bien long et se fera dans un vieux train mais qui parait en pleine forme, et bien entretenu. Avec à la fenêtre la campagne lituanienne qui défile...


10 minutes plus tard me voici à destination, une gare un peu perdue face à deux HLM et quelques maisons de bois. Pour traverser les voies pas de problème je fais comme tout le monde (en regardant de chaque côté). Et pour la direction du mémorial, elle n'est pas indiquée mais ça ne devrait pas être difficile à trouver: c'est à droite et tout droit (enfin j'espère).


La route passe devant de jolies maisons de bois anciennes, avec un chat qui me sourit sur le pas de la porte... Miaou!


Je suis seul sur cette route, pas une seule voiture, et nous nous enfonçons dans la forêt...


Mais le trajet est court et je vois déjà apparaître le parking tout défoncé de Paneriai. Comme je l'avais fait à Riga, j'ai souhaité visiter ici aussi un lieu de mémoire de la Shoah. En tout cas pour Vilnius, qui était surnommée la Jérusalem du Nord pour son importante communauté juive, cela se justifiait.


Pourtant à côté du parking, c'est un monument dédié aux victimes catholiques polonaises qui a été érigé et nous rappelle qu'il y a aussi 20000 polonais et 800 russes qui ont été massacrés ici. La gerbe de fleurs semble encore fraîche...



Dans la tradition juive, ce ne sont pas des fleurs que l'on dépose sur les tombes mais des cailloux posés sur les pierres tombales, en guise de souvenir éternel.


J'entre seul dans le parc mémorial qui parait bien vide. Qui pourrait croire que dans cette tranquille forêt les nazis ont amené quelques 100000 personnes de force pour les assassiner d'une balle dans la tête?
Car oui nous ne parlons pas ici de camp de concentration mais bien d'extermination de masse...


Avant d'être choisie comme lieu d'extermination par les nazis, la forêt e Paneriai était déjà un lieu utilisé par l'armée russe pour stocker du carburant. Des trous y avaient été creusés pour installer des réservoirs, qui seront alors utilisés pour ensevelir les cadavres.


Voici le monument commémoratif surmonté d'une étoile de David.
Il y eut donc 70000 juifs assassinés ici, par vagues successives de 2 à 10 milliers de victimes entre août 41 et août 44. La moitié des juifs de Vilnius (35000) y trouvèrent la mort.


Bien sûr il y a également le monument soviétique, dédié à toutes les victimes assassinées ici (auxquelles on ne donnait pas officiellement le nom de juif à cette époque mais de citoyens soviétiques - idéologie communiste oblige).


Je fais donc seul le tour du petit chemin qui relie les mémoriaux, sortes de grands ronds de gazon fraîchement tondus, comme des trous vides au milieu de la forêt... des fosses communes...


C'est le 'Sonderkommando', une unité lituanienne dépendant des services secrets allemands, qui était chargée de préparer et d'organiser les exécutions, secondée par les spécialistes nazis de l'Einsatzkommando. Tout était noté et planifié...


Au milieu de cette forêt paisible, on a du mal à imaginer que cet environnement ai put être le théâtre de massacres aussi terribles...


A la fin de la guerre, quand la défaite devint inévitable, les responsables nazis ont tenté de faire disparaître les preuves de l'existence de Paneriai: ils forcèrent des prisonniers juifs à déterrer les corps et à les brûler à la chaux vive. Mais, conscients qu'ils allaient eux aussi périr une fois leur besogne terminée, 12 d'entre eux réussirent à s'échapper en creusant un tunnel dans le but ultime de pourvoir  témoigner...


Voici d'ailleurs l'enclos où les 80 prisonniers en question étaient reclus.
Je ne suis finalement pas seul dans le mémorial: il y a là aussi une équipe de tournage américaine en train de faire un reportage.


J'ai toujours du mal à me représenter comment devait se dérouler les exécutions. Les premières victimes sont amenées sur les lieux et on les force à creuser un grand trou. Puis on les oblige à se déshabiller et on les abat à la mitraillette. Puis on amène une nouvelle 'fournée' de 10 victimes (en tirant sur les récalcitrants) et on les force à moitié nus à se coucher sur les cadavres des précédents, avant d'envoyer une nouvelle giclée, et ainsi de suite tant que la fosse n'est pas pleine...


C'est l'heure pour moi de m'éclipser et de retourner en direction de la gare.
Avant de sortir, je passe à la cabane à l'entrée où il y a quelques panneaux explicatifs et aussi un plan des lieux.


Notamment on y explique comment chacun des 'cercle' avait une fonction différente: dans le premier on stockait les habits et effets personnels des victimes, dans le deuxième on exécutait les soldats de l'armée russe, dans le suivant on exécutait les vieux et les enfants, etc...
Même dans l'horreur, les nazis étaient toujours très organisés.


Une autre camionnette de touristes vient d'arriver. C'est vrai que le site n'est qu'à 11 minutes de la capitale mais je me demande si les tour opérateurs le mettent sur leur circuit...


En marchant bien, je peux avoir le train de 10h40. Par contre il n'y a pas de guichet à la gare. Une dame me le confirme: il faut payer dans le train.


Si vous le voulez bien, nous n'allons pas reprendre la direction de Vilnius, mais nous allons encore plus nous en éloigner, question d'égayer un peu cette journée qui a plutôt commencé dans le recueillement en allant maintenant découvrir la campagne...
Et elle est belle la campagne lituanienne, n'est ce pas mon toutou?
--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------


Aucun commentaire:

Publier un commentaire