dimanche 15 mars 2020

Nicosie - Jour 1 - Partie 2 - La croix et le croissant

La Turquie... et notre première destination: la ville ancestrale de Famagouste.


La ville fut d'abord un important port de la Méditerranée, gouverné par les Lusignan, des francs sur le chemin des croisades qui s'installèrent sur l'île, et édifièrent la grande cathédrale de Famagouste.
Puis vinrent les vénitiens qui construisirent d'importantes fortifications autour de la ville.
L'empire Ottoman conquirent alors la région avant que les britanniques ne les en délogent... et puis bien sûr maintenant revoilà les turcs..



L'entrée de Famagouste est un peu difficile, avec plein de voitures qui bouchonnent autour d'un rond point où trône une statue monumentale commémorant la guerre d'indépendance de la Turquie.
Un peu effrayante cette sculpture, avec la grosse tête de Mustafa Kemal Ataturk...


On trouve un parking pas trop loin et un peu à l'écart puis nous commençons à marcher en direction des remparts.
Mes deux amis ont faim, mais je les convainc de franchir d'abord les fortifications qui enserrent la vieille ville de Famagouste. Là bas il y a aura certainement des endroits pour manger...


On traverse alors le large fossé qui protégeait la ville des envahisseurs avant d'atteindre l'épaisse muraille... 3 kilomètres de remparts presque parfaitement intacts.
En effet, le cadre est vraiment plus sympathique à l'intérieur de la vieille ville: de petites rues étroites et sans voitures...


... et un restaurant juste à notre droite. Un truc tout simple qui a installé ses tables en terrasse autour d'un four. La spécialité ce sont les grillades et surtout le kebab.
Nous mangerons sous les regards attentifs des chats du quartier qui attendent... je ne sais quoi de notre part (une caresse? un morceau de viande?).


14 heures il est temps de décoller de nos sièges. On traverse de petites rues remplies de boutiques pour touristes... il y a même des serviettes de plage Chanel... fausses bien entendu.


La première église sur laquelle nous tombons est fermée mais on va se diriger du côté où il semble y avoir de l'animation.
Il y a plein d'anciennes petites églises dans la vieille ville, vestiges du passé catholique de Famagouste...


On traverse tout d'abord les ruines du palais du gouverneur sous les arches duquel nous passons.
C'est tout ce qu'il reste de ce bâtiment, siège du pouvoir vénitien, qui fut littéralement pilonné par les ottomans quand ils firent le siège de la ville...


Juste en face, voici le monument qui attire tous les touristes à Famagouste: l'immense cathédrale Saint Nicolas, construite par les Lusignan au début du XIVème siècle, et transformée depuis en mosquée.


D'ici on croirait vraiment voir le superbe fronton d'une cathédrale française gothique comme celle de Reims (dont elle s'inspire). Sous les Lusignan, les rois de Chypre venaient ici pour recevoir la couronne de Jérusalem.


L'extérieur est déjà superbe, même si les statues et gargouilles (et bien sûr les croix) qui ornaient l'édifice ont toutes été enlevées par les musulmans.



Je tente de prendre en photo le drapeau de la Turquie qui flotte au devant de l'édifice... mais le vent est capricieux!
Après être passée aux mains des vénitiens, l'île fut conquise par l'empire ottoman et Famagouste le dernier bastion à tomber sous leurs mains. La cathédrale fut immédiatement transformée en mosquée, et l'on construisit un minaret au bout de l'une des tours...


Pour entrer il faut bien entendu enlever ses chaussures, comme dans toute mosquée.



On reconnait les éléments caractéristiques d'une mosquée, avec des tapis au sol et l'autel servant à la prêche.


L'intérieur est sobre et lumineux, avec ses murs tout blanc sans aucune statue ni fresque. Même les vitraux, qui dans les églises évoquent quelques scènes bibliques, ont été remplacés par des motifs plus neutres.


Néanmoins un coup d’œil au plafond ne trompe pas: avec ces impressionnantes voûtes, les larges piliers et les lumineux vitraux en rosace, on est bien dans une ancienne cathédrale gothique.
Le mélange des deux influences est vraiment troublant...


Avec des tapis à la place des bancs habituels, l'église-mosquée parait bien vide.
Et surtout très calme...
C'est malheureusement de courte durée: un groupe de touristes allemands vient d'entrer dans l'édifice. Leur guide ne baisse pas vraiment la voix et je vois que certaines femmes ne couvrent pas leur tête comme il est d'usage dans une mosquée... des touristes allemands quoi!


Revenons donc au calme et à l'air libre...
Au passage remarquez ce grand arbre centenaire aux racines tentaculaires que l'on a emprisonné.


Le brave toutou qui dort sous ses branches semble bien indifférent à l'agitation des touristes alentour...
Nous commençons par contourner la cathédrale, puis à continuer notre chemin en direction des fortifications.


Cette statue de lion nous rappelle que les remparts ont été en partie construits par les vénitiens (dont le lion est l'emblème).
A ce propos, il y a un proverbe vénitien qui dit : "Si tu as un problème, va le dire au lion".
Je n'ai aucun problème à ce moment précis... je vais donc passer mon chemin.


Cet escalier permet de monter en haut du tour de garde de l'épaisse muraille...
Par endroit les fortifications font 15 mètres d'épaisseur: cela permettait de résister aux tirs des boulets de canons ennemis.
Peut être d'en haut aurons-nous une belle vue sur la ville?


En effet: voici derrière nous la ville avec la grande mosquée que nous venons de visiter...


... et de l'autre côté la mer méditerranée et le port de la ville, connu pour son commerce d'agrumes et produits agricoles.


On redescend de notre perchoir, et on traverse un petit jardin public.
Othello... vous connaissez vos classiques?


C'est en effet ce bastion et sa tour de garde qui auraient inspiré Shakespeare pour sa célèbre pièce.
Celle-ci se déroule à Famagouste, et peut être croiserons-nous le fantôme du général maure, à la recherche du pardon de son épouse assassinée... Le billet d'entrée coûte 3€.


Le fort est en fait une succession de salles d'arme, d'escaliers et de tours d'observation qui jouxtent les remparts. Tout un tas de tunnels cachés permettent de se faufiler et d'accéder à d'autres endroits de la muraille.


Ce château fut construit par les francs, puis réaménagé par les vénitiens, et était considéré comme l'entrée de la ville car il en protégeait le port. Il était surnommé par les français "l'imprenable forteresse".



Le château d'Othello est entouré de 4 larges tours circulaires d'où l'on a ici aussi une très jolie vue...
Shakespeare s'inspira donc du nom du gouverneur de Chypre, Christoforo Moro, pour créer son personnage d'Othello, dont il fit un véritable maure (berbère d'Afrique du nord).



D'un côté de la muraille il y a ce poste d'observation de l'armée, entouré de barbelés et apparemment très protégé. Histoire de nous rappeler que l'occupation de cette partie de Chypre par les turques n'est toujours pas reconnue par l'ONU.


Au loin on aperçoit les hauts des immeubles de la station balnéaire de Varosha, que nous voulions visiter tout à l'heure. Lors de l'invasion de 1974 les habitants ont fuit en laissant leurs maisons, et contrairement au reste de la zone occupée les autorités turques n'ont pas confisqué ces terrains en les laissant à l'abandon, avec interdiction d'y entrer...


Pierre-André me montre quelque chose sur le mur: voici un lézard bien caché entre les pierres dont il épouse la couleur...


Continuons cette série de photos animalières avec un cliché de pigeon... à deux tête?


Dans l'une des salles du rez de chaussée (qui servait jadis de réfectoire et de salle d'armes), il y a une exposition sur les moyens mis en oeuvre récemment pour réhabiliter la tout d'Othello, réouverte au public en 2014.


Il faut quand même bien chaud... et le nez de Frédéric est rouge: mine de rien, le soleil tape!


Avant de quitter Famagouste, je propose à mes amis de prendre un café dans la pâtisserie Petek, l'un des lieux typiques de la ville. Frédéric veut se rafraichir d'un café frappé, mais pour moi ce sera l'un de mes premiers cafés turcs du voyage... et j'aime ça!



La pâtisserie est aussi spécialisée dans les loukoums: ils en ont de toutes sortes et à tous les goûts. Pierre-André prend un cliché d'une montagne de loukoums pour envoyer à son beau frère qui en raffole (mais pas question de lui en ramener... il est au régime).


Nous retournons doucement à la voiture en flânant encore un peu dans les rues de la vieille ville. On est en avance sur notre planning finalement. J'envoie un SMS à notre propriétaire de ce soir pour l'avertir de notre arrivée...


Il nous reste à peu près 50 minutes pour atteindre Nicosie, en passant par le côté turc de l'île.
Par la fenêtre, le paysage embaume l'été et les champs de blé fraîchement coupés.


Il y a bien sûr des champs d'olivier qui servent à produire l'huile dont on ne saurait se passer dans la cuisine méditerranéenne...


Dans chaque village croisé, on aperçoit un minaret qui surplombe les toits.
Mais la mosquée la plus impressionnante se trouve presque à notre arrivé à destination, avec ses 4 tours dressées vers le ciel. Elle est encore en chantier.


Juste en face de Nicosie, on peut apercevoir cet immense drapeau peint sur la montagne. Il ne s'agit pas du drapeau turc mais de celui de la république turque de Chypre, état créé après l'invasion de la Turquie, officiellement indépendant mais protégé et soutenu par les turcs. En fait la population turque autochtone est moins nombreuse que les colons venus de Turquie.


L'entrée dans la ville est assez fastidieuse: il y a plein de voitures qui déboulent dans tous les sens et notre conducteur n'est pas encore tout à fait à l'aise avec la conduite à gauche.
En plus on a du mal à trouver notre chemin: il faut qu'on se dirige vers le poste frontière qui permet de passer du côté turc de la ville au côté chypriote. On finit par tomber dessus un peu par hasard, et le retour en Europe se fait sans problème...


Ensuite c'est un peu plus compliqué, mais faisons confiance à notre GPS il va bien nous mener dans la bonne rue.
Nous voilà en face de l'immeuble.. et voici Kathryn qui nous attend devant la boite aux lettres. Elle monte dans notre voiture et nous guide pour entrer dans le parking souterrain. Attention l'entrée est étroite!


L'appartement nous fait une très bonne impression: une déco moderne et fonctionnelle, et c'est plutôt grand. Il y a deux chambres + un lit dans le salon que l'on réservera à Fred. Et Kathryn est très bien organisée: il y a un mode d'emploi noté sur tout: la clim, la machine à café... Pour le petit déjeuner, des céréales sont à disposition ainsi que du thé et du chocolat.
Notre hôte nous confie un plan de la ville et commence à nous expliquer les meilleurs endroits à visiter, restaurants, etc...
Elle est australienne et vit ici depuis 18 ans... une fille très sympa.


Après avoir installé nos valises, nous sortons au supermarché dans l'idée d'acheter de quoi boire et manger pour demain matin. Mais on n'en trouve pas vraiment dans le voisinage, où on a surtout des immeubles d'habitation, des bars et des restaurants...
On demande à un gars dans la rue qui décide de nous accompagner à une épicerie qu'il connait. Il est indien et n'est sur l'île que depuis quelques mois.


Mine de rien l'épicerie est un peu loin, mais on y trouve du lait, de la brioche (avec un drapeau français sur l'emballage) et du jus de fruit.
A la caisse, le patron remarque que nous sommes français et en parlant des élections présidentielles récentes, nous demande "Why don't you have chosen Lepen for president, to get rid of Europe?"
Bin vous savez... si il n'y avait pas l'Union Européenne je n'aurais peut être jamais entamé ce voyage!


On cherche ensuite notre restaurant de ce soir et on se perd un peu... pourtant Kathryn nous l'avait montré depuis la fenêtre du salon.
Oui il est juste en face de l'immeuble. Le menu est un peu cher et le restaurant semble un carrément select, mais on est tenté alors...
Les serveurs sont très prévenants, et il y a même des amuse bouche en attendant les plats.


Ce sera deux bonnes tranches de poisson 'Sea bass' pour moi, du saumon pour Pierre-André et du porc en sauce blanche pour Frédéric. Bon et frais.
En dessert, je me délecterais d'un cheesecake au chocolat. Et on a droit à un digestif: une liqueur à l'odeur bizarre que mes deux amis apprécient beaucoup puisqu'ils s'en resservent...
Bon allez... après une première journée bien remplie, il est temps de rejoindre son lit!
C'est quoi ce bruit dans la chambre? Un moustique?

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