mercredi 25 mars 2020

Nicosie - Jour 3 - Partie 2 - Danse cosmique

On a un peu de mal à trouver notre restaurant de ce midi, le Saraba . D'après mon guide, il est dans le coin, mais où?
Peut être dans la place derrière la mosquée? Non il y a bien une place avec un café, mais pas de restaurant.


Par contre le quartier, avec ses jolies maisons blanches, a l'air très sympa. Je crois que l'on va revenir plus tard...
Quand au restaurant que l'on cherche, il est carrément tout contre la cathédrale-mosquée, et les tables sont installées dans le jardin de celle-ci.


Une petite nappe à carreaux, des chaises en bois, sous l'ombre des arbres... elle est pas belle la vie?
Ici, ils n'ont pas de réel menu: les plats sont en photo sur une affiche. C'est de la cuisine simple et à la bonne turquette (version locale de la bonne franquette).


C'est peut être ce que l'on aime en venant manger ici, car les tables alentours sont toutes pleines de gens du coin qui apparemment font leur pause déjeuner.
Mes compères s'enfilent deux bières du coin, et moi je prends une omelette toute simple mais avec plein de trucs dedans. Miam!


Alors que les chats font le zigzag entre les tables, on commande un café turc et on se dépêche d'aller payer à la caisse, pour un prix défiant toute concurrence.
Le spectacle des derviches tourneurs du Bedestan de 14h va bientôt commencer...


On arrive donc juste à temps pour le show. Nous trouvons quelques places au premier rang à gauche de la scène, et nous sommes bientôt rejoints par un groupe de touristes avec leur guide.
Le spectacle va commencer.
Les trois danseurs s'avancent en silence, en pleine méditation sous leur cape noire.



Puis ils enlèvent leur cape et viennent tour à tour s'incliner devant le morceau d'étoffe rouge disposé au sol. Celle-ci représente l'âme de celui qui a créé l'ordre Mevlevi, l'ordre religieux des derviches, et qui a développé les règles de cette danse à laquelle nous allons assister.


Puis, l'un après l'autre, ils entrent dans la danse, tournoyant sur eux même dans une sorte de transe infinie...
Les moines soufistes cherchent à entrer directement en contact avec Dieu, sans passer par un dogme ou des écrits et pour cela utilisent la musique et la danse. C'est ce qui explique qu'ils soient encore mal acceptés par les instances religieuses musulmanes qui les ont longtemps interdit.



Le bras droit est orienté paume vers le ciel, et le bras gauche vers la terre, et en tournant sans cesse tel des astres autour du soleil, ils font le lien entre les deux mondes: le terrestre et le spirituel.
Le sens de la danse a aussi une signification: ils tournoient de droite à gauche comme la circulation du sang à travers le corps...



Parmi les 3 derviches, chacun a sa propre technique pour tourner sur lui même, mais il y en a un (le plus grand) qui semble plus doué que les autres, tant ses circonvolutions paraissent parfaites...


Pendant 30 minutes, les danses se succèdent, individuellement ou en groupe, et parfois en utilisant également leur long manteau noir. Par contre ils ne quittent pas leur étrange chapeau qui symbolise leur pierre tombale.


Voilà le spectacle se termine.
C'était vraiment un spectacle unique et envoûtant qu'il faut au moins avoir vu une fois dans sa vie.
Après des applaudissement mérités, les danseurs quittent la salle et nous aussi, en route pour d'autres découvertes.


Nous voici revenus à notre balade dans les rues de Lefkosa (Nicosie en turc), et nous allons commencer par découvrir Eaved House, l'une des vieilles maisons ottomanes du quartier.


On peut pénétrer dans la maison pour la visiter. Il y a bien sûr une cour entourée des remises et des logements pour les domestiques, et à l'étage les habitations des maîtres. Remarquez les arches gothiques du rez de chaussée qui indiquent que la maison fut construite sur les ruines d'un ancien palais gothique des Lusignan.


L'escalier de bois pour monter à l'étage est un peu branlant, alors attention à vos pieds...
Ici, on est tout contre la cathédrale-mosquée, dont on voit les murs imposants depuis le balcon.


On peut également entrer dans quelques salles dont celle ci qui permettait de recevoir les invités, assis nonchalamment sur les divans, un thé à la main...


Retour dans les rues de la vieille ville. Il y a un gros nuage qui traverse le ciel et les hirondelles volent bas. Un orage serait-il à craindre?
Nous passons devant le musée Lapidaire dédié aux œuvres archéologiques architecturales du moyen age, puis devant une nouvelle église de la même époque, bien entendu transformée en mosquée.



J'aurais bien voulu visiter la Lusignan House, parfait exemple des maisons de type renaissance de l'époque Lusignan mais l'entrée est fermée. Sans raison apparente puisque sur la porte sont inscrits les horaires d'ouverture et que nous sommes en plein dedans...


Enfin bon! Nous continuons notre chemin tout droit, et au fur et à mesure l'ambiance change: les bâtiments historiques moyen-ageux laissent place à un quartier plus populaire: des immeubles d'habitation, de vieilles maisons délabrées...


L'endroit n'a rien de bien touristique mais au bout nous finissons par buter sur les fortifications qui - je le rappelle - entourent encore la vieille ville de Nicosie. Ici aussi les douves ont été transformées en parc.


Nous longeons alors tranquillement la muraille, avec à notre gauche des immeubles d'habitation qui sont parfois dans un piteux état...


Dur dur... C'est même marqué là.
Heu non en fait je crois que ça veut dire 'Stop' en turc.


Tiens, encore un 'National Struggle Museum', tout comme celui qui se trouve dans la partie sud, mais ici il est dédié au combat des turcs de Chypre pour se libérer du joug des chypriotes grecs. J'imagine que cela doit encore faire débat, d'ailleurs il est même interdit de prendre en photo l'entrée du musée.
Mais on peut se rattraper avec les superbes panaches de fleurs qui envahissent le trottoir...



Nous voilà à la porte de Kirenia, l'une des trois anciennes portes de la muraille qui entouraient la ville. Tiens, un groupe de touristes turcs avec leur guide, pour changer!
Retournons dans la vieille ville en longeant l'avenue Kirenia...
De l'autre côté de la route, il y a le centre religieux de l'ordre Mevlevi (celui des derviches tourneurs que nous avons vu tout à l'heure), avec un petit musée qui m'inspire bien... mais Fred et Pierre-André ont peur que l'on perde trop de temps car notre périple dans la ville n'est pas terminé...


Au bout de l'avenue, voici la place Atatürk avec sa colonne au centre. Celle-ci provient du site antique de Salamine et a été dressée ici par les vénitiens au XVème siècle.



En chemin j'ai finalement trouvé un truc pour me rafraichir un peu en achetant un granité à la cerise dans un café (2€... c'est le prix touristes).
Ensuite...j'ai quelques hésitations sur la suite de la balade, le plan est un peu flou sur ce quartier... On va s'y prendre à deux fois pour trouver la bonne rue...



Les maisons ici ont toutes l'air d'être faites de bric et de broc, rafistolées de ci de là...
Le quartier a l'air plutôt pauvre, mais d'ici quelques minutes ça va changer.


Nous arrivons finalement dans les rues dont parle mon guide: Arab Ahmet. Des rues droites avec des petites maisons typiques...
Jadis c'était le quartier de la communauté arménienne de la ville, une diaspora plutôt fortunée. Mais la guerre de 1974 étant passée par là, le quartier fut abandonné et tomba en ruine...


Il a été réhabilité récemment pour lui rendre son charme d'antan: Des porches de bois, des volets peints et colorés sur des murs blancs...


Dans la rue d'après, on aperçoit encore des maisons en attente de restauration... c'est sûr que ça fait moins joli!


Au bout de la rue, il y a le bastion Rocca, l'une des onze défenses avancées de la muraille vénitienne...



... et l'entrée du No man's land contrôlé par l'ONU. On arrive là aux frontières de la ville.
Un jardin a été aménagé sur la muraille, mais il a l'air peu accueillant, entouré par les barbelés de la ligne de démarcation...


On va donc retourner dans le zig zag des maisons typiques du quartier. Parmi celles-ci, je repère la maison Franco-chypriote de la culture, ainsi qu'une annexe d'une université américaine.
La réhabilitation du quartier semble lui doit lui faire peu à peu changer de standing!


C'est ici que se termine la visite guidée de mon bouquin. Nous sommes encore tout près de la ligne de démarcation, et on passe même devant l'église arménienne qui est complètement murée, lieu de culte inviolable par les turcs et donc laissée à l'abandon.


Afin de rejoindre la rue Ledra et le bazar, nous passons par un nouveau quartier qui n'a rien à voir avec le précédent: plus pauvre avec plein de maisons en ruine, des voitures abandonnées et des carcasses de machine à laver... on est pourtant à même pas deux rues d'Arab Ahmet!


Avant de rentrer en Europe, j'aurais bien envie de tenter une dernière expérience turque en tentant un hammam. Mon guide parle du hammam Büyük datant du XVIème siècle et construit à l'intérieur d'une ancienne église.
Bon ça n'inspire pas mes deux co-voyageurs alors ils vont plutôt boire un coup quelque part en m'attendant. On se sépare donc... sauf que... une fois devant la porte je m'aperçois qu'elle est fermée. Avec le musée de tout à l'heure, c'est le deuxième endroit où l'on aura constaté ça ici: les horaires d'ouverture ne sont pas forcément respectés...


Je rejoins donc Frédéric et Pierre-André dans leur pause thé dans un restaurant du coin...
Juste à côté, je remarque le vendeur de glaces avec sa grande spatule: quand un client vient à lui commander une glace, il fait tout un cinéma en lui faisant des farces, en faisant mine de lui donner un cornet puis en le lui reprenant avec sa spatule, en le faisant tournoyer, etc...
Ça doit être une grande spécialité turque car je me rappelle avoir subi la même expérience à... Osaka au Japon, où il y avait aussi un glacier des rues tout aussi farceur (sisi j'ai un témoin).



Il est un peu trop tôt pour dîner, alors on se balade au hasard dans les rues alentours. On découvre juste à côté du Büyük Khan une autre maison ottomane plus petite mais qui abrite aussi une galerie et une cour où se sont installés les restaurants.


Après avoir fait presque toutes les rues du bazar, on échoue sur un banc où tout le monde semble être sur le point de somnoler. Cherchons plutôt sur internet un restaurant bien noté dans le coin. Celui avec une cour remplie de parapluies a l'air très bien...


De loin, on repère une équipe de télévision qui interviewe tour à tour les commerçants du quartier...



19h: on se décide à aller manger au restaurant repéré plus tôt. Les parapluies accrochés au dessus de la cour, c'est très photogénique. Le restaurant s'appelle 'Bibliotheque'.
Même la déco intérieure est très travaillée: de larges sofas et de vieux sièges, bien sûr des bibliothèques et à un endroit un genre de plancher de verre avec au dessous des statues qui vous regardent étonnées.
On va plutôt s'installer à l'extérieur...


Dans l'assiette ça a l'air pas mal du tout non plus: tout le monde commande un cocktail (sans alcool pour moi).
Le serveur est africain (je pense) et nous parle - lui aussi -des élections présidentielles françaises. Il aurait voté sans hésiter Lepen 'for policy'. J'aime de moins en moins ce pays...
Je me laisse tenter par un ragoût d'agneau sur un genre de brouillade de courgettes... et c'est franchement délicieux. Fred se contentera d'une salade et Pierre-André sera plutôt cuisine asiatique avec des yakisoba (super poivrées).
Une maman chat et ses petits chatons - compagnons attitrés de tout bon repas dans un restaurant ici - jouent entre les tables.



On se finira par un dessert: fondant au chocolat ou gâteau traditionnel à la fleur d'oranger.
La prière du soir résonne du haut du minaret de la mosquée Omériye toute proche. Le restaurant coupe alors instantanément la musique qui passait depuis notre arrivée - on a d'ailleurs eu droit à plusieurs chansons françaises.


Mettons nous en chemin...
Les rues du bazar sont maintenant totalement vides, tous les magasins sont fermés.
Au poste frontière, on est dépassé par un gars qui ne s'arrête même pas pour montrer ses papiers au contrôle: certainement un habitué.
Et moi j'ai "La vie en rose" dans la tête depuis que je l'ai entendu dans le restaurant tout à l'heure.
La vie en rose à Nicosie...

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