Zagreb - Jour 2 - Partie 3 - War!

 Nous voici une fois de plus partis à la recherche d'un restaurant pour déjeuner, et nous décidons d'aller une fois de plus chercher dans 'notre' rue, c'est à dire la très vivante rue Ivana Tkalcica.


Par le plus grand des hasards nous y croisons également des soldats en parade. Ce ne sont pas les même que tout à l'heure, ils ne sont pas habillés pareils. Où vont-ils? Aucune idée...



J'aime bien cet immense œuf peint devant la galerie 'Croatian Naive Art'. Par quel oiseau (ou dinosaure) a-t-il été pondu?



Nous décidons d'aller déjeuner dans un restaurant que nous avions repéré hier soir.
On s'attable en terrasse...
Les employés sont en train d'installer de grandes télévisions en prévision du match de ce soir.



Nos plats se font un peu attendre et il commence à faire bien chaud. Et au final le tout sera bons san être extraordinaire. Heureusement qu'à la télé la France gagne l'Australie 2 à 1!
On a encore un peu de temps devant nous, alors on finit d'écrire tranquillement nos cartes postales avant de reprendre la route...



14h. Après un passage éclair à l'appartement, nous rejoignons la place du Ban où nous avons rendez vous juste au pied de la statue de Josip Jelacic .
D'ailleurs voilà notre guide, c'est le gars avec le Tshirt orange!
Il s'agit du même organisme qui organise les free tours de la ville, sauf que nous nous allons plutôt assister à un Croatian War Tour, dédié comme son nom l'indique... à la guerre.


Bin il fait bien chaud! On va commencer par chercher un endroit à l'abri, pas seulement du soleil mais aussi du bruit de la place où un concert de Rock vient de débuter.
Grâce à son gros cahier, notre guide va nous raconter en image l'histoire de la Yougolsavie...
La première fois que l'on a réuni Serbes, Croates et Slovènes au sein d'un même pays fut dans les années 1920, à l'issue de la première guerre mondiale. On nomma alors un roi et les régions furent créées de manière totalement artificielle en se basant sur les fleuves, montagnes, etc... sans prendre en compte les différences culturelles de chaque nation (serbes, croates, slovènes...).


C'est à cette époque que la statue du ban, emblème d'unification nationale, fut installée au milieu de la place du même nom. 
Durant l'ère communiste, le gouvernement central chercha par tout les moyens à faire disparaitre les sentiments patriotiques régionaux, et la statue fut donc tout d'abord cachée par une structure moderne puis démontée en cachette...
Elle ne retrouvera sa place que dans les années 80, mais on en changea néanmoins l'orientation : auparavant le Ban pointait son sabre vers la Hongrie voisine (qui occupait le pays durant la révolte du Ban).



Nous allons maintenant traverser la place pour aller rejoindre une autre statue : celle de Stjepan Radic, héros de l'opposition croate de l'entre deux guerres. A cette époque déjà la Croatie, région la plus prospère de la Yougoslavie, souffrait de devoir toujours dépendre des décisions prises en Serbie, région majoritaire dans le pays car plus peuplée.
Alors ministre de l'éducation, Radic fut assassiné par un parlementaire serbe lors d'une session au parlement du pays. A noter que son assassin ne sera même pas envoyé en prison...


Nous continuons notre route en arpentant les avenues de la ville basse et en longeant les même parcs que nous arpentions ce matin, sauf que cette fois-ci notre destination est différente...


C'est à cet endroit que se situait l'ancienne synagogue. Elle fut détruite par les nazis dés leur arrivée dans la ville. Seule une simple plaque commémore encore son souvenir sur l'emplacement qui est maintenant devenu... un parking!



Au début de la seconde guerre mondiale, la Yougoslavie choisit de se mettre du côté des plus forts, c'est à dire des nazis qui installèrent alors un gouvernement fantoche à sa tête. Il est décidé de couper le pays en deux entre Italie et Allemagne, et la Croatie passe donc sous le giron italien.
Comme partout des lois antisémites furent instaurées, mais également des lois anti serbes (qui reste encore aujourd'hui une minorité en Croatie). Un camp de concentration leur fut même dédié.
De nos jours il ne resterait plus qu'un millier de juifs dans la capitale Croate.



Notre périple continue...
Nous avons un peu de marche à faire pour rejoindre notre prochain arrêt, mais notre guide nous fait passer par quelques raccourcis.


Encore une fois nous nous retrouvons à un endroit que nous avons déjà visité mes amis et moi: le Art Park avec ses accès au tunnel de Gric. Arrêt donc devant la gueule du chat bleu.
Le tunnel fut construit pendant la deuxième guerre mondiale pour servir d'abri anti aérien. Les gens courraient donc ici pour trouver refuge même si l'intérieur n'était pas du tout aménagé (même pas de toilettes).



Notre guide veut maintenant nous parler plus en détails du général Tito, dirigeant emblématique du pays. Né en Croatie, il se disait avant tout yougoslave (mot qui veut dire 'slave du sud'). Entré au parti communiste en 1920, il s'engage dans la résistance pendant la seconde guerre mondiale et y a acquit ses lettres de noblesse, ce qui lui permit de devenir à la libération quasiment 'président à vie' des 5 provinces que comptait alors la Yougoslavie.



Tout d'abord aux ordres de Moscou, il réussit petit à petit à se détacher de l'influence de l'URSS jusqu'à signer le pacte des non alignés (groupe de pays refusant de participer à la guerre froide).
Cela lui permit de donner un peu plus de liberté à son peuple que dans les autres pays soviétiques, mais aussi d'obtenir des emprunts pour le pays et donner un niveau de vie convenable aux yougoslaves.



Le tourisme international était déjà à l'époque une bonne source de revenu, et certaines industries fonctionnaient avec succès, notamment avec la Yugo, fleuron des automobiles yougoslaves (enfin... presque, il fallait quand même un peu la pousser dans les montées).
Néanmoins dans la vie de tous les jours certaines contraintes étaient nécessaires: afin d'avoir une promotion ou un travail convenable, l'adhésion au parti était obligatoire.
Et surtout, il y avait les camps de travail (vieille tradition communiste) et la UDBA, police secrète du régime.
Un proverbe disait d'ailleurs: "Attention à ne pas trop boire dans les tavernes, car tu pourrais être amené à dire ce que tu penses"!



Bon allez! Entrons nous rafraîchir un peu dans le tunnel de Gric. Waaa! Ça fait du bien...


Notre exploration de l'histoire politique du pays continue une fois à l'extérieur: Tito meurt au début des années 80 et des funérailles somptueuses sont organisées, réunissant des chefs d'état de tout bords et pour la première fois Arafat et le premier ministre israélien ensemble à une même cérémonie.
Pour le monde entier Tito c'est la Yougoslavie et personne ne sait si le pays pourra survivre sans lui.
On découvre bien vite les dettes colossales que le dirigeant avait contractées et cette fois-ci... il va falloir rembourser.


Mais ce sera pour le prochain arrêt de notre visite. Pour l'instant traversons le marché de Dolac (vidé de ses marchands, à cette heure avancée de l'après midi)...



... et dirigeons nous vers l'entrée de cette jolie maison toute proche de la cathédrale.


La cave a été transformée en petit musée pour évoquer les années sombres de la Yougoslavie... les années de guerre.


Comme nous le disions les yougoslaves durent faire des sacrifices pour payer les dettes du pays. Par exemple avec l'essence: selon les jours seules les voitures paires ou impaires étaient autorisées à circuler.
La tension entre les croates - plus riches-  et les serbes - plus pauvres, mais plus nombreux - se fit alors de plus en plus sentir... 


Après la mort de Tito, il avait été décidé que la présidence du pays serait alternée chaque année entre les présidents des partis communistes des 6 républiques.
C'est quand Slobodan Milosevic est élu président du parti serbe que les ennuis commencent: ouvertement pro-serbe, il veut redessiner les frontières des républiques pour donner plus de puissance à ses acolytes.


Les Croates décident alors de ne pas se laisser faire et élisent eux aussi un président séparatiste.
Le massacre de Srebenica, pendant lequel 8000 bosniaques sont tués par les armées serbes, fait basculer le pays dans le conflit: la Croatie déclare son indépendance.
L'armée yougoslave, garante de l'unité du pays, s'apprête à envahir la Croatie, et commence par prendre en otage un hôtel dans les montagnes. C'est là que fut faite la première victime de guerre, un jeune policier croate, ce qui va déclencher les hostilités.



Les photos et les images se succèdent, et j'avoue que je m'y perds un peu au bout d'un moment: la logique des évènements reste floue, tout semble s'enchainer dans un cycle infernal: la ville de Vukovar (à majorité serbe) est réduite en cendres... Les routes se remplissent de réfugiés innocents... Le mur des pleurs, où chaque brique représente une victime de la guerre...


Pendant ce temps l'Europe reste impassible, ne sachant comment réagir...
Ce n'est que quand les premières bombes menacent Dubrovnik (ville classée patrimoine mondial par l'UNESCO) que les instances européennes interviennent: les vieilles pierres comptent elles plus que les victimes humaines?
Peu à peu la Croatie est libérée et les pourparlers commencent...



Notre guide était gamin à l'époque, et il offre un témoignage tout particulier de cette époque dans ses souvenirs d'enfants: les magazines d'autocollants Panini à collectionner avec les photos de soldats, ou bien les publicités à la télé qui demandent à la jeunesse de s'engager dans l'armée.
Il se rappelle également cette journée où lui et son frère furent dérangés par leur mère durant une bonne partie de jeux vidéo: alors qu'un raid aérien allait fondre sur la ville, il fallait à tout prix se rendre aux abris...
Entre autres souvenirs, il nous parle aussi de sa mère en pleurs car elle avait honte de l'attitude de certains croates qui jetaient des pierres aux réfugiés serbes en partance...
D'ailleurs beaucoup de croates ont quitté le pays durant la guerre pour émigrer à l'étranger.


La guerre prit officiellement fin pour la Croatie en 1995, avec 13914 morts côté croate et 7204 pour les serbes. Mais elle continua jusqu'en 2001, plus de 10 ans après les premiers combats, en enflammant la Bosnie, le Kosovo, la Macédoine, toujours réprimés par l'armée serbe . 


Entre génocides, viols de guerre, nettoyage ethnique et autres atrocités, la guerre fit plus de 140000 morts dans la région. Je pense qu'encore de nos jours les relations de bon voisinage ne doivent pas être au beau fixe entre ces 8 pays.



Voici une dernière photo, celle de ce jeune soldat avec un tag de Gun's n Roses derrière lui. Photo emblématique du plus grand conflit européen depuis la seconde guerre mondiale...
Notre visite souterraine est maintenant terminée, mais nous avons encore un dernier arrêt à honorer: le Mémorial des bombardements de Zagreb.


Il se trouve au premier étage d'un immeuble bien anodin de la ville basse.


Les opérations de bombardements de Zagreb furent perpétrées les 2 et 3 mai 1995 par l'armée serbe en représailles à l'opération éclair de l'armée croate qui avait libéré la Slavonie de l'occupation serbe.
2 attaques touchèrent alors la ville, faisant 7 morts et 200 blessés, ciblant volontairement des lieux publics dans le but de toucher des civils


Parmi les témoignages exposés ici, quelques meubles récupérés parmi les gravats, et de larges photos sur les murs.



Voici quelques exemplaires de ces petites bombes grenailles qui tombèrent sur le théâtre national (reconstruit depuis). Elles s'étalèrent sur tout le périmètre autour du théâtre et cela nécessita un déminage minutieux durant lequel un démineur perdit la vie.


Une autre série de bombes vinrent s'échouer sur un hôpital pour enfants, faisant encore plus de victimes... 
A la fin de la guerre, les militaires responsables de l'attaque furent jugés pour crime de guerre.
Voilà! La fin de notre visite guidée est arrivée. Il est temps pour notre guide de nous abandonner...
Une visite douloureuse mais néanmoins intéressante à laquelle nous ne pouvons donner qu'une seule conclusion:
Quelle connerie la guerre!

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